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Terre des Éléments
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Guix

L'ombre du Croloup

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Rayna était la sœur cadette de Kletor le brave.

Contrairement à ce que son nom pouvait faire penser, son grand frère était un pleutre, obligé de quémander l'aide d'aventuriers afin de se faire remarquer de ses camarades de la Guilde des chasseurs. Et Rayna détestait par dessus tout voir son frère faire la manche à ce point. Leur père et mère, restés sur Leiden auraient surement honte du comportement aussi peu combatif de leur fils, eux qui servaient Jabus sans jamais faillir.

 

Il fallait rectifier cela. Et Rayna pensait avoir un plan.

Depuis plusieurs mois maintenant que la Guilde s'était installé sur Melrath Zorac, elle avait une grande connaissance de ces terres. Elle avait chassé le renard à trois queues dans les monts enneigés, éparpillé divers camps d'orcs qui menaçait la paix d'Irliscia et même occis de terribles démons ailés et en avait ramené les trophées à la Guilde. Mais il lui fallait une proie nouvelle. Quelque chose que ses compagnons n'avait pas encore chassés.

Et elle savait précisément ou le chercher: les terres élémentaires.

 

Elle en avait entendu, des histoires sur ces terres. Et l'une d'entre elle retenait son attention. Celle du Croloup. Une fois la nuit tombé et son frère endormi, elle se faufila dans sa chambre afin de dérober la somptueuse épée que ses parents avaient forgés spécialement pour le voyage hors de Leiden pour Kletor. Son épée couverte de sang et la tête du monstre piqué au bout de sa lame suffiront, elle l'espérait, à rétablir l'honneur de son frère pour un temps. Temps qu'elle prendra pour lui enseigner une bonne fois pour toute à surpasser ses peurs.

 

 

Mais rien ne va se passer comme prévu ...

 

 

_________________________________________

 

 

 

 

Bonjour à tous.

Je reviens vers vous pour un nouvel évent RP.

Celui-ci va être un peu spécial, car il ne va pas concerner votre personnage directement !

 

En effet, votre sujet est très simple: Raconter la mort de Rayna lors de son affrontement avec le Croloup.

Car en effet, le Croloup semble devenu plus puissant, d'une façon assez mystérieuse ( => Qui va se traduire par une augmentation de sa puissance IG ).

Vous avez néanmoins quelques règles à respecter dans vos écrits:

 

- Votre histoire commence au moment ou Rayna quitte la Guilde pour se diriger vers les terres élémentaires grâce aux passages des nains sur Irliscia. Cependant, vous pouvez occulter cette partie là pour commencer directement sur les terres élémentaires si vous le désirez pour ceu n'ayant pas connaissance exacte de la manière de retourner sur les terres élémentaires.

- L'arme de Rayna, qu'elle a emprunté à son frère va devenir la possession du Croloup. Vous n'avez pas le droit de vous l'appropriez dans votre RP, mais seulement de raconter comment elle devient sa possession.

- Vous allez faire s'aventurer Rayna dans votre propre terre élémentaire.

- Vous avez la possibilité, soit de raconter simplement la mort de Rayna, soit de faire intervenir votre personnage dans votre RP. Avec le même respect des règles ( Début de l'histoire, Rayna meurt par le Croloup, l'arme devient la possession du Croloup, et votre terre élémentaire ). Vous pouvez RP à plusieurs, mais seulement entre membres de même élément ! Ceci fin de respecter la close des terres élémentaires.

PS: Vous pouvez écrire votre Rp du point de vue de Rayna, du votre, d'un point de vue omniscient, omnipotent, ou tout ce que vous voulez tant que la mort de Rayna est racontée !

- Vous n'êtes pas obligés cette fois-ci d'intégrer un screen dans votre histoire. Cependant, les personnes voulant faire intervenir leur personnage dans l'histoire sont autorisés à le faire.

- Aucune limite de mot.

- Vous pouvez lui faire faire un détour sur Kiar mar ou n'importe ou sur votre terre élémentaire, ou développer son histoire personnelle, si cela peut servir à votre histoire.

 

 

 

En plus de récompenses habituelles, votre RP sera posté dans la continuité de " Le réveil d'une légende " !

Vous avez jusqu'au Mercredi 11 février à 20h pour poster votre histoire.

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Comme tous les matins depuis bientôt une dizaine de jours, je m'éveille sur Aéris avec la lumière de l'aube qui filtre aux travers des fenêtres de la cabane ou j'ai élu domicile. L'auberge est bien trop cher et ici outre les bestioles qui fourmillent un peu partout sur les plaines d'Eolia, je n'ai rencontré aucun ennemi susceptible de me faire dormir par sagesse dans la chambre d'une Gertrude.

 

Tant que cela est possible, alors, je  m'y tiendrai.

 

Depuis que je suis ici, j'en ai presque oublié le pourquoi de mon départ de mes landes natales. La vision d'Hyrakiem est toujours présente dans mon esprit, mais je pense que le fait d'avoir eu à batailler contre quelques obscures créatures m'a fait négliger son souvenir. Je me demande d'ailleurs si elle est toujours en vie, et quel mystère entoure ma nourrice. L'autre nuit, j'ai fait un cauchemar, elle était présente dans mon songe, mais une aura de noirceur s'évadait de son corps. Dès lors, j'ai de la peine à m'endormir lorsque la nuit tombe. Je pense de ce fait sérieusement à aller consulter un guérisseur, je suis certaine que cela doit se trouver ici même.

 

Maintenant ?

Oui, c'est le moment.

 

Je me mets aussitôt en quête d'un soigneur, et commence mes recherches au centre du village. Peut-être pourrait-il me prescrire quelques herbes relaxantes me permettant ainsi de dormir du sommeil du juste ...  Je marche nonchalamment, et traverse plusieurs ilots de verdure. L'air toujours est présent ici, j'ai continuellement l'impression qu'une bourrasque va m'emporter loin de cet endroit et va me déposer au fin fonds d'une forêt inconnue.  Pourquoi une forêt ?

 

J'ai dit en quête d'un soigneur ...  

Et non se perdre dans ses rêvasseries.

 

Je me recentre, puis continue ma marche, soudainement une bride de conversation s'échoue à mes oreilles, je tourne la tête en direction de l'écho, m'avance vers l'échange et remarque une jeune fille qui porte sur son dos une épée magistrale ou sont gravée dans la poignée de celle-ci  deux initiale : K. et B.

 

La Donzelle est en proie à une discussion des plus explicites à deux marchands ambulants.  Elle pose des questions sur l'homme-loup et dit s'appeler Rayna... Qui n'a pourtant aucun rapport avec les deux lettres frappée sur le pommeau de la lame qu'elle transporte...

 

Tout à coup, j'ai une illumination, L'homme-Loup ...  Cela me fait tilt maintenant, parce qu'il y a peu j'ai dû me frotter à celui que l'on nomme Croloup.

 

N'était-il donc pas mort ??

 

Cela m'intrigue et titille ma curiosité, aussi, je décide de me rapprocher furtivement davantage de la demoiselle. Les villageois qu'elle questionne à présent semblent soudainement  effrayés par ce qu'ils entendent. Moi, je n'y prête pas complètement attention, je n'ai eu aucune peine à m'approcher de la bête sauvage, et m'en suis sortie sans trop d'égratignures.  J'en déduis, qu'il n'est pas aussi dangereux que ce qu'elle prétend. Je ne serais d'ailleurs pas étonnée qu'il réside au même endroit ou je l'ai trouvé la première fois...

 

Je n'ai pas encore décidé si j'allais lui venir en aide en lui indiquant le lieu où je l'ai aperçu l'autrefois.  Après tout, je ne connais rien d'elle. J'ai appris à devenir méfiante avec le temps. Et puis beaucoup de choses ne concordent pas avec ce qu'elle raconte ... Cela en devient réellement étrange comme situation...

 

Je n'ai pas le temps de tergiverser, la fille passe devant moi comme une flèche. Ne me jette pas le moindre regard. Ce qui me pousse à prendre La décision, une décision qui va bouleverser  le court de mon existence.

 

Son indifférence à fait d'elle ma cible.

 

J'attends qu'elle prenne un peu d'avance, juste une petite longueur avant de me lancer à sa suite. La nuit commence à tomber, j'ai eu pour habitude de me déplacer lorsque l'obscurité fait sa loi, et je n'ai donc aucune peine à ne pas me faire distancer, et je pense qu'elle n'a rien remarqué. La faune nocturne s'éveille, divers cliquetis et légers grondements se font entendre à quelques lieues, La chasseresse n'est pas effrayée à entendre ses pas assurés au milieu de la végétation. Je me repère également aisément à force d'avoir parcouru de long en large le village et ses alentours. C'est toujours sans la moindre peine que j'arrive à percevoir ses mouvements. Parfois au clair de lune, et au grès de ses mouvements,  la lame de l'épée accrochée à son dos parait me faire un clin d'œil cinglant, me reflétant ainsi la lumière de l'astre nocturne.

 

Au bout d'une bonne heure, la dénommée  Rayna bifurque sur la gauche. Si je tends l'oreille elle maugrée mirant ses pieds qui la lancinent. Ses chaussures sont sans le moindre doute la cause de son bougonnement. J'ai déjà eu le même genre de soucis avec des bottes achetée trop bon marché pour que ce soit de la qualité. Il disait de la vraie peau de Branleil, tu parles, encore faut-il savoir ce qu'est un Branleil ... Une belle arnaque ...

 

Elle s'arrête net....  J'en fais de même pour éviter de me faire localiser.

 

Croloup est dans les parages son odeur le trahi, je reconnais aussi le chemin qui mène à sa tanière.

 

Juste à temps, je décide de prendre la direction du Nord, dans les plaines nuageuses se trouve un bosquet qui surplombe la cache de l'animal sauvage. C'est de là que je vais observer...

 

414463EventCroloupThelyisse.gif

 

 

A peine ais-je le temps de prendre position que l'éclat scintillant de la lame traverse ma vision. Un hurlement de terreur, mêlé à un grognement de douleur résonne dans le silence de l'étendue Aéride. Je frissonne sous le joug de ce tapage étourdissant. Ce n'est pas normal !

 

Evidemment que non, ce n'est pas normal ! La traqueuse est certainement bien plus expérimentée que je ne le suis, et pourtant rien ne se déroule dans le bon sens ! Quelle sombre magie peut-elle opérer de la sorte ? Un être presque mort qui reprend du poil de la bête en un rien de temps !!??Même les Démons peuvent mourir !

 

L'espace d'un instant, je reste tétanisée sous la violence des coups qui fusent. Il fait sombre, cependant, je peux discerner le sang qui gicle. Je crois que le plus abominable, c'est de voir l'être mi-homme mi- démon la déposséder de ce qui fait d'elle quelqu'un. Son Epée ... La chose ressent de la fierté à gigoter l'arme qu'il a dérobé dans une violence inconcevable, ce sera probablement son trophée.

 

Rayna s'écroule dans un râle de souffrance. Demain, l'herbe sera teintée de rouge. Le vent n'y pourra rien...  Dans un dernier son d'agonie, je l'entends. Elle fière chasseresse, prie-t-elle dans un murmure plaintif pour sa délivrance ?

 

Sa puissance aura été vaine, de son vivant elle aurait pu devenir une légende, là, elle n'est plus ....

 

Rien ....

 

C'est alors que je m'aperçois qu'en fait, ce sera et ce fut et c'est toujours la loi du plus fort qui l'emporte. Qu'importe ce qui nous anime si cela mène à la mort. Dans cette atmosphère funèbre, je suis aux prises avec les doutes... Et si cela ne finit pas ? Et si encore demain on me traque ? Et si alors, il n'y plus aucun espoir.

 

Je suis triste, parce que malgré moi, j'ai voulu que Rayna paie pour sa désinvolture ...  Je ne la connaissais pas .... Et en aucune manière je ne voulais que ça se termine ainsi ... Triste que ce soit sur une terre qui exprime la liberté qu'elle se soit en aller.

 

Libre, oui aujourd'hui, elle est libre laissant derrière elle juste un souvenir qui hantera les vivants qui l'ont entouré pour l'éternité.

 

Les choses auraient-elles été autre si je l'avais aidé ?

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L'Ombre du Croloup

" Avez-vous entendu ce qui est arrivé à Rayna ? Oui, à celle qui née du même ventre que Kletor. ”

Bien sûr que tous avaient entendu la nouvelle qui s'était propagée comme une traînée sur le feu, mais comment Yùwéna raconterait-elle cette troublante histoire ? La Conteuse n'apparaissait pas sur la place publique, pour répéter ce qu'on savait déjà. Elle avait sans doute étoffé les maigres témoignages en une geste pour l'héroïne. Quand la foule excitée se fit silencieuse comme la carpe dans la rivière, la Conteuse prit la parole.

Hier soir, les lunes venaient de s'asseoir sur leurs trônes célestes, les étoiles sentinelles de la famille royale s'allumaient une à une en prenant leur tour de garde. Les astres veillaient aussi sur les Terriens assoupis et s'ils n'ont pas empêché ce qui va suivre, c'est qu'ils sentaient la pureté des intentions de Rayna. La Chasseuse Chaste, comme on la nomme de la forêt Irliscia aux grandes montagnes septentrionales, s'était dans un secret criminel emparée de l'arme de son frère, Kletor le Brave. Je vois dans vos yeux une lueur de curiosité. L'épée de Kletor ? Ma foi ! Une arme formidable, c'est mon avis que le métal de la lame refroidit en un acier plus dur que tout ce que l'on trouve ici. Rayna donc déroba cette fine lame de la chambre de son frère et se voyait déjà la retourner plus rouge qu'argentée ! L'odeur cinabre d'un exploit sanglant l'appelait.

Rayna connaissait cette ivresse qui confond tous les sens en une seule essence vitale. C'était l'ivresse qui menait à la victoire ! Voici pour vos oreilles, non encore initiées, ce que la Chasseuse Chaste prévoyait. Kletor le brave était un poltron qui usurpait, ou plus souvent encore achetait, la bravoure d'aventuriers sans nom ni renom. Dernièrement, la chance ne lui avait pas souri et l'éclat de son aloi ternissait. Pour polir la réputation grisonnante de son grand frère, Rayna voulait décapiter un monstre. Pas n'importe lequel ! Une bête dont le meurtre vaudrait d'être appelé prouesse. Le sursis ainsi gagné sur l'opprobre et l'oubli serait investi à surmonter la lâcheté de Kletor. En effet, il n'était ni malveillant, ni maladroit, ni malavisé, il avait seulement la frousse. Rayna, l'arme au fourreau de sa ceinture, courait à travers la campagne. Dans son esprit sans cesse résonnait ce même dicton :

„ Cinq coups Croloup combattra, cinquante coups Croloup chutera, cent coups Croloup crépira ! ”

Voilà le diable qu'elle voulait terrasser. Ses yeux sans vie résidaient sur les versants ombragés d'Aéris. Il ne quittait cet abri qu'au crépuscule, quand la faim le poussait à la chasse sur l'adret habité par les humains. À l'heure du loup, il terrorisait les proches villageois. Cet être hirsute né, on ne savait comment, de l'union d'un homme, d'une louve et d'une amulette de céramique, serait bientôt envoyé au bestiaire des légendes du passé.

Si les étoiles n'intervinrent pas -- pour garder la voleuse et non pas le frère cette fois -- c'est qu'elles étaient occupées à leurs propres affaires. On assistait, ce soir-là, à l'intronisation de la nouvelle étoile polaire. Pestironal le Nord exact à la Création s'était écarté de plusieurs degrés depuis ce temps, Lorbéa sa voisine lui disputait cette place. Un nouveau cycle astronomique commencerait avec son avènement sur le siège boréal céleste. Rayna restait ignorante du spectacle au-dessus de sa tête, puisque les humains n'ont pas le compas dans l'œil. Elle voyageait avec diligence et quelques aides magiques ; et déjà elle foulait de son pas les pâturages aérides. Il était maintenant minuit et on n'y voyait pas à deux carreaux.

La Conteuse laissait méditer son audience sur cette expression que tous employaient sans en connaître l'origine. Le premier chapitre avait pris fin et elle s'accorda une gorgée d'eau de cactus moins pour sa voix que pour le suspens.

" Dzoing ! ” Un éclair se précipita à une main seulement derrière elle, vive comme un faucon la chasseuse se retourna. Un froufrou de plume emportait dans ses serres un rat sauvage. Remise de sa première frayeur, Rayna remarqua clairement dans la noirté, la blancheur d'un harfang des neiges. Malgré le parfum des violes nocturnes et la relative douceur de l'air, au cœur de la nuit, Aéris était le grand Nord de par sa latitude. Pourtant un harfang n'aurait pas dû quitter les glaciers éternels. C'était un augure !

Rayna était fière, c'était même cette tête haute qui justifiait son entreprise. Jamais la Chasseuse Chaste ne se serait-elle prise pour un sujet si abject qu'un rat. Sans doute, elle était ce hibou et son pleutre frère, la proie qu'elle élèverait au sommet de la gloire. Le vent soufflait de l'Est, elle remarqua le changement de girouette et le crut profitable pour son approche du loup au flair si fin. Fatale ignorance du langage des airs ! Vent du Sud ce sera rude, Vent du Nord apporte réconfort, Vent de l'Ouest victoire sans conteste, mais Vent de l'Est, c'est la peste !

Dans l'obscurité Rayna avançait prudemment, dans les plaines d'Aeris un faux-pas conduit à plusieurs centaines de mètres plus bas. Le bruit des moustiques lui indiquait la terre ferme. En l'absence du soleil, ils n'avaient pas la force de voler et zonzonnaient sur les flaques stagnantes qui criblaient la plaine du midi. Elle resta heureusement, mais les souliers trempés, sur la route étroite. Un poteau surgit soudain dans le noir. C'était le dernier pont avant de pénétrer le territoire du Croloup, le grand pont qui permettait de franchir la Crevasse. Rayna s'arrêta et, face au passage de cordes et rondins, s'agenouilla. Elle planta la pointe de l'épée dans l'humus, pour entrer en contact avec le sol qu'elle révérait. Une main de chaque côté de la poignée, le front appuyé sur le pommeau, Rayna priait.

" Eolia qu'on vénère ici et au-delà ! Libère les liens laçant mes mains, lourdes par l'humidité de la nuit. Loue-moi l'ardeur, je ne serai longue à te la rendre !”

Eolia entendit la prière, sans écouter la pucelle qu'elle avait crue si pure. La déesse était insultée qu'on puisse à ce point méprendre son avertissement. Rayna n'en savait rien et confiante elle traversa. Sa prière avait duré quelque peu et la clarté regagnait le monde, elle vit la silhouette d'une fontaine, de là venait l'enivrante torpeur du parfum de maintes fleurs. Il fallait avancer, sinon elle succomberait aux voix de ces sirènes qui voulaient l'empêcher d'accomplir son action. Hélas, jamais la clémente Eolia ne prévient une troisième fois.

Dans la plaine nuageuse, Rayna s'écarta du chemin tondu qui menait aux champs des paysans. Dans l'herbe haute, son seul point de repère était le tumulus de Killien, elle devait marcher vers lui et à cinq pas de sa paroi virer vers la droite. La broussaille se densifiait en signe qu'elle approchait de la zone mortelle. Quelques branleils luisaient comme des lucioles, pour attirer leur amour. Rayna sut tout de suite qu'elle avait pénétre sur le territoire du Croloup. Les branleils avaient disparu et des flaques de bave séchée empestaient l'air. Elles puaient encore plusieurs jours après avoir dégouliné des babines cramoisies de l'Immonde, dont le nom vient de "crade-loup", les consonnes s'étant estompées au profits des volatiles voyelles de notre parlé aéride. Rayna longea le tumulus dans cette puanteur de charogne et vinaigre. Puis elle passa les gardes du repère lupin, un lion couvert de mousse et un dragon auquel le temps avait volé une aile. Tous deux gisaient au côté d'un pilier de granit effondré. La civilisation s'était retirée du lieu longtemps, longtemps en arrière.

Elle avait passé le col et marchait sur le versant nord. Le Croloup qui craignait la luminosité plus que tout, était accroupi, non loin, au fond d'un couloir formé par la falaise et le dos du tumulus. Il entendit le pas déterminé, le vent ne lui avait pas soufflé d'avertissement, quel animal osait s'approcher ? Vingt-cinq saisons s'étaient écoulées depuis qu'une vie, au lieu de s'éloigner, avait daigné venir vers lui. Quoi que ce fut, cela cherchait sa proximité. Le Croloup se redressa, pour peu que l'on puisse appeler sa posture droite. Ses bras surdimensionnés ballaient le long de son corps tordu. Le bipède bossu faisait le double de hauteur de celle qui venait le défier.

Ce fut un de ces instants, où le temps ralentit, pour contempler son chef-d-œuvre. La Terre s'incline ou l'étoile elle-même s'élève : Lorbéa brille désormais en face du Sud. Rayna voit l'ombre du Croloup se dessiner pouce par pouce, s'allonger lentement éclairée par la lumière de cette nouvelle princesse. Les photons reprirent leur course rapide. Rayna engagea l’échauffourée avec cinq coups dont aucun ne se perdit, tant elle frappait vite. Les doigts-griffes effilés de la créature manquaient leur cible. Le Croloup n'avait pas la célérité de sa réputation, Rayna qui n'aimait pas voler les victoires était déçue. Cinquante ! Le géant tombe sur le dos. L'important pourtant c'est l'idée que les autres se feront de la difficulté du combat. Le Croloup roule au sol, pour éviter les coups dans sa peau de cuir grise, déjà couverte de cicatrices. Seules ses jambes sont poilues, un détail que Rayna évoquera en présentant le trophée.

„ Cent ! ” triompha l'aventurière, l'épée dirigée comme un pieu vers le monstre pour l'achever. Prête à trancher sa tête ! Sauf que Croloup ne crevait pas : il était malin ! Sans aucun mal il saisit la lame de ses mains hideuses qu'elle entailla de son double tranchant. D'un élan de titan, il bondit sur ses pattes et secoua violemment l'épée. La surprise était totale ! Rayna à l'autre bout lâcha prise et fut projetée contre la falaise. L'insensible créature, d'une force plus qu'humaine, retira ses mains de la lame profondément enfoncée dans sa chair grisâtre. Il les plaça toutes deux derrière la garde et se rua pointe en avant sur sa victime. L'épée disparut dans son torse, assurant sa mort. Le Croloup ne dévora pas le cadavre, il s'était gavé le jour même de trois malheureux gamins. Il mit la main sanglante sur la poitrine :

" Croloup cinq-cent coups comptera, cependant ce cœur cessera ! ”

Le pieds sur le bas-ventre de la vierge saignée, il tira l'épée de Kletor le brave. Fier et féroce, il hurla le museau tourné vers le Nord, un rayon de Lorbéa l'étoile rouge toucha son pendentif. C'était pour en recharger le mana, en vertu d'un pacte que seuls ces deux connaissent. Puis le Croloup retourna à son occupation favorite : dormir le ventre repu jusqu'à la tombée de la nuit. Dans ses longues oreilles, le vent de l'ouest amplifiait le chant de l'alouette. Un courant d'air aspira l'âme de Rayna et l'emporta de ses ailes de héron au panthéon de nos héros.

Yùwéna se leva, en assemblant des faits épars, elle avait donné une histoire à l'inexplicable qui alourdissait les cœurs. Elle savait de sa propre expérience, que la mort n'est pas nécessairement définitive et Rayna avait encore un corps... Mais c'était une autre histoire que ni le temps, ni l'inspiration n'avait écrite.

Edited by Yuwena

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Depuis que les soldats de l'Alliance avaient pris possession de l'île, le climat devenait maussade.  Là où l'on pouvait se délecté de la présence des étoiles sans aucune nuisance était venu le temps du vacarme abrutissant de leurs rires. Leurs feux de camps vous brûlaient les yeux. La souillure qu'ils faisaient des plages lui montrait le chemin pour reprendre la chaloupe qui l'avait amené ici. 
Il avait mal au ventre. 
 
Le rafiot sur lequel il était embarqué le rapprochait des côtes. Le ciel était sombre mais de vives lueurs lui apparaissaient sur ce morne horizon. Irilscia était en flammes. Quelles étranges sensations devant ce spectacle. La garde de Melrath Zorac assurait depuis des décennies la protection de la capitale devant  les assauts futiles venant des campements orcs. Leur position avancé au nord des plages leur assurait un sérieux avantage. 
Le régent de la cité avait toujours refusé une attaque de front contre ces êtres qu'il considérait telle de la viande à cuire pour les nouvelles recrues. Fière de s'enorgueillir de leurs nouveaux effets, celles-ci ne s'attardait plus à la moindre vigilance. Quatre années à tenir un rôle sans aucune réelle menace avaient amenuisé les esprits. 
Mais avait-il changé d'avis? Le régent avait finalement accédé à la requête d'une grande partie de la population qui lui demandait une éradication totale de ces êtres? Ou pire encore, les orcs auraient-ils réussi à trouer les défenses de ces troupes alanguies? 
Il avait mal au ventre. 
 
Il débarquait sur une des plages proche du phare, son feu était éteint. Quelque chose n'allait pas. 
Il se mettait en chemin vers les tentes des gardes de la ville pour comprendre ce torrent de flamme qui s'amplifiait au fur et à mesure que son pas lent longeait les sentiers côtiers. Il n'y avait pas de lune ce soir. Sur place, personne ne savait ce qu'il s'était exactement passé, mais ils avaient tous une certitude ; les positions orcs ne faisaient plus parti des cartes. Les liesses de joie et les rires grossiers des troupes raisonnaient fort. Les arbres frémissaient de ces sonorités inaudibles, ils avaient mal. 
N'y aurait-il personne pour l'aider à comprendre ? Melrath Zorac. Cette cité ou les informations pouvaient circuler à travers différents chemins ? Il lui fallait marcher, la forêt pleurait.
Il avait mal au ventre.
 
La bruine ambiante ne le rafraîchissait pas. Il devait vite rejoindre la capitale. Le chemin le plus court traversait la forêt elfique. Il s'en approchait mais quelle vision étrange partageait-il à ce moment. Une enfant dont la cape était cousu des emblèmes de Terra s'engouffrait à l'intérieur de ce lieu interdit sans qu'aucune des vigies ne la disgracie.
Il s'approchait de la porte verdoyante pour pénétrer en ces lieux sacrés. Les elfes ne l'aimaient pas mais il avait montré sa bravoure à leurs côtés. Le garde ne lui apprit rien s'il n'était que la fillette avait fait ses preuves et acquis la reconnaissance de chacun en ces lieux. Il se décidait à la suivre à travers le méandre des racines qui composaient le chemin.
 Malgré sa marche hésitante, il parvenait à ne pas la perdre de vue. L'arme dans sa main était démesurée et que celle-ci traînante la ralentissait énormément. Elle bifurquait pour se rendre au tunnel creusé par les nains. Il le savait, celui-ci menait directement à Terra. Une aussi frêle créature aurait-elle pu, seule, détruire toute une frange des escortes orcs  pour se voir octroyer un tel privilège de la main des elfes ? 
Il avait mal au ventre. 
 
Les galeries étaient plongées dans une atmosphère obscure. La terre sentait bon, l'air était irrespirable. Il ne suivait la gamine que par le son sourd de sa lame lancinante traînée par ses petits pas pressés.
Terra. Le temps était froid. Les arbres ici aussi étaient tristes ; les feuilles perlaient des larmes dont le clapotis de leur chute lui assourdissait les oreilles. La fillette ne se dirigeait pas vers les toits du village. La forêt était de plus en plus entreprenante, elle décrochait ses branches, jaillissait ses ronces si bien qu'il lui fallait se réfugier au sommet d'un crêt. La petite se trouvait en contrebas devant un lieu qui lui était bien connu.
C'est ici qu'il avait tué la bête. Il reconnaissait chaque pousse de végétation qui entourait son antre. Le temps était mort ici. Rien ne bougeait. Elle enlevait le châle qui enveloppait l"˜épée puis la saisissait pour la présenter à l'entrée de la grotte. D'une main franche elle transperçait la terre meuble de sa lame. La tanière vomissait des hurlements qui se faisaient de plus en plus présents. Il regardait. Elle attendait.
Il avait mal au ventre.  
 
La créature était la même que celle qu'il pensait avoir tué. Elle avait grossi. Elle faisait pénétrer ses griffes brusquement dans les chairs de l'enfant. Son sang avait mis un temps avant de jaillir. 
Les tripes se décollaient de son estomac, il ne restait debout que par l'appui de ses coudes sur la garde de son épée. Elle s'enfonçait lentement jusqu'à s'embourber totalement. Il n'avait pas la force de la retirer.
 Les lèvres de la gamine étaient ouvertes. La viscosité rougeâtre qui en sortait l'empêchait de sortir un son, elle ne le voulait pas. Ses yeux étaient ailleurs, ils ne voulaient pas voir. Elle sentait dans son cou le souffle roque sortant de la mâchoire de l'être qui lui dévorait la jugulaire.
 Il voulait cracher ce qui lui déchirait chaque partie de son abdomen. La bête n'avait pas fini, Elle recommençait plus encore à enfoncer ses crochets dans les parties les plus charnues de la gamine qui était devenue totalement dénaturée. Dans un dernier râle, elle dévorait toute une partie de sa poitrine. Son corps entier n'était plus qu'un amas de lambeaux de viandes devenu insipides pour la bête. L'humaine déchiquetée, le monstre reprenait le chemin des limbes qui l'avaient créé. 
Il avait mal au ventre.  
 
Ayant perdu la sienne, il prenait l'épée de la petite fille et se décidait à suivre le chemin de la bête. Il s'enfonçait dans la noirceur d'une grotte humide. 

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Si il y avait quelqu'un à Terra qui connaissait bien la forêt et ses dangers, c'était Tourlouron.
C'est pourquoi, alors que le bûcheron faisait part aux villageois de nouvelles inquiétantes, le sang de chacun se glaça et les visages pâlirent.
Croloup, un monstre de la forêt qui n'inquiétait que très rarement les habitants de la région, semblait avoir gagné en puissance et en dangerosité.
En effet, ce matin-là, Tourlouron avait du faire demi-tour en toute hâte, lorsque le monstre l'avait aperçu et avait commencé à se mouvoir de façon plus que menaçante.
Peut-être néanmoins la bête avait-elle gardé cette ancienne habitude, celle de n'approcher du village qu'une fois la nuit tombée ?
Cette atmosphère fébrile parvint à Aon Duine, qui eut tout d'abord un sursaut d'amusement.
Quelques jours auparavant, il avait soumis le Croloup à son autorité, de façon plutôt humiliante, seulement armé de sa fronde et de son agilité ! Que la bête se soit remise, et qu'elle ait recouvré ses facultés, soit. Mais comment pourrait-elle être devenue plus dangereuse ?
Le rôdeur finit de se toiletter vaguement à la fontaine, renfila ses chausses et plaça sa fronde autour de son cou. Il fixa aussi à son dos son pavois, nouvellement acquis aux dépens d'une ente légendaire. Puis il s'exprima en ces termes :
"Si le Croloup n'a pas compris notre conversation de l'autre jour, je m'en vais lui réexpliquer les choses."
Et c'est alors qu'elle prit la parole.
L'épéiste était arrivée la veille au soir, et avait occupé un coin de tablée jusque tard dans la nuit, sans décrocher plus de trois phrases au tavernier pour qu'il exécute ses désirs.
Aon avait surpris plusieurs fois la visiteuse, alors qu'elle tentait de camoufler sous son manteau ses traits, ainsi que son arme.
D'une voix forcée, la mystérieuse aventurière prononça alors ces mots :
"Je suis Kletor le Brave, de la guilde des chasseurs de Melrath Zorac. Laissez moi me charger de cela. Je suis venu spécialement pour prélever la tête du Croloup, et en tirer les honneurs."
Le rôdeur était-il le seul à avoir perçu le jeu mené par la nouvelle venue ?
Elle ponctua ainsi ses propos, manquant de s'étouffer car elle savait qu'elle ne devait surtout pas se racler la gorge :
"Je vous salue, bonnes gens, et que l... glups... la paix vous garde."
Toussant dans le col de son manteau, elle prit la direction que Tourlouron indiquait à grands gestes, depuis tôt ce matin.
Aon la rattrapa d'une foulée.
"Bonjour... Je ne sais pas si c'est du même Croloup dont nous parlons, mais celui que j'ai corrigé il y a quelques jours ne valait vraiment pas le trajet depuis Melrath Zorac, aventurière."
- ... A vous voir, j'ai des doutes en effet", lui rétorqua la guerrière avec dédain. Puis elle reprit :
"Hum pardon, il serait trop long de vous expliquer quels sont réellement mes plans, mais sachez que personne ne risque d'en être gêné, mis à part le monstre.
Aussi, il arrive parfois qu'une légende rejaillisse, et que les circonstances de sa création soient ravivées. Je m'en vais de ce pas voir ce qu'il en est, et plus mon adversaire sera fort, plus grande sera ma victoire. Mais je t'en prie, ne répète jamais que tu m'as démasquée ! Rappelle toi plutôt ce nom : Kletor le Brave..."
Elle enlaça de ses doigts le pommeau de son épée - une fort belle épée semblait-il - et continua sa marche, accompagnée du rôdeur.
Lorsque le monstre apparut à leur vue, à l'autre bout d'une vaste clairière, il avait déjà relevé le museau dans leur direction et humait nerveusement leur approche. Les voyant, il se leva d'un bond de son déjeuner. Comment vous dire quels étaient les mets dont il se délectait, sans heurter la sensibilité même des plus tenaces... Ce n'était pas un repas, plutôt un formidable carnage... Passons ces détails cauchemardesques.
Le Croloup poussa alors un rugissement abominable, bien plus qu'il n'en avait jamais laissé échapper, et s'élança vers eux, déchaîné !
Aon Duine détacha son pavois de son dos, et arma sa fronde pour commencer à gêner la bête. Il fut alors surpris par la lame de la guerrière, qui sitôt sortie du fourreau lui barra la voie.
"Reste en dehors de cela, je n'ai plus le temps de jouer avec toi."
Et de s'élancer à l'encontre du monstre avec semblait-il la même rage que lui, d'après le cri qui accompagnait sa course.
Parvenue à portée, la bête déploya ses membres antérieurs avec une vivacité toute nouvelle, effectivement, et projeta ses griffes meurtrières vers la tête de la guerrière. Celle-ci, d'un bond alerte suivi d'une roulade, parvint à la contourner et arma une puissante attaque de taille.
Alors que de cela la bête ne devait subir que les mauvais côtés, l'inverse se produisit. Avec une rapidité fulgurante et par une contorsion improbable, elle avait le dessus ! Et la guerrière n'eut que le temps d'écarquiller ses yeux d'horreur, avant d'être proprement déchiquetée, mise en lambeaux par des griffes et des dents dignes de régner sur n'importe quel champ de bataille. Sans parler de la technique déployée par le monstre dans ses mouvements...
Aon Duine se serait bien rué sur lui, afin de le massacrer par un déchaînement de coups de pavois, et venger ainsi la victime. Mais avant que ne germe la moindre décision de sa part, le Croloup avait ramassé l'épée et dans un lancer fulgurant, la projetait sur lui. Il eut à peine le temps d'esquiver, et la lame se planta jusqu'à sa moitié dans un tronc d'arbre !
Sans demander son reste, le rôdeur tenta de saisir l'épée, ce qui échoua, et prit ses jambes à son coup.
Impossible d'affronter le Croloup seul cette fois-ci, de le tourner et le retourner, lui faire s'emmêler les pattes et s'effondrer maintes fois jusqu'à l'épuisement.
La seule chose qu'il pouvait faire était de laisser les choses telles qu'elles étaient, car mourir ne servirait à rien. Laisser le Croloup faire son repas, et peut-être un brin de ménage...
Aon se demanda qui pourrait bien venir le relever de sa garde, aux abords de la cité, et l'aider à représenter un danger pour le monstre...
Edited by Aon Duine

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Si j’avais su ou tout ça m’emmènerais, et qu’ici tout se finirais, j’aurais sans doutes réfléchis par deux fois avant de me lancer tête baissée dans ce guêpier.

Que voulez-vous, la vie réserve parfois d’étrange surprise, le problème c’est qu’on ne peut pas revenir en arrière…

Je m’appelle Rayna.

Aujourd’hui, je suis morte.

Et ça, c’est mon histoire.

***

Tout a commencé à la période d’Uniqua, à l’aube du 4 pour être précise. Tout avait pourtant bien débuté en cette matinée. Rien ni personne n’aurait pu prédire quelle tournure allait prendre le reste du jour.

Je me souviens, l’air était froid, mais le soleil brillait. J’avais passé une bonne nuit au sein de la Guilde des chasseurs. J’avais attendu que les ténèbres tombe pour dérober la lame de mon frère. J’avais tout bonnement l’intention de lui rendre service pourtant … Il n’avait rien remarqué, je n’étais déjà plus là à son réveil. Heureusement d’ailleurs, parce que aussi trouillard qu’il pouvait être, il m’aurait tout de même flanqué une sacrée rouste si il s’était aperçu de mon méfait.

En y réfléchissant, peut-être qu’il aurait mieux valu qu’il me prenne la main dans le sac, je serais probablement toujours en vie si tel avait été le cas … Mise à part ça, je ne regrette rien, j’ai eu une vie courte certes, mais pleins de rebondissement au final, il serait idiot de regretter quoi que ce soit. C’est toujours comme ça que j’ai voulu vivre. Les aventures, les pillages, les rencontres …. Mais revenons plutôt à ce qui m’a conduit au trépas.

J’avais donc avec moi l’arme chérie de mon frère aîné. Je m’étais mis en tête de retrouver un monstre qui avait fait parler de lui sur Aqua. D’après les renseignements que j’avais obtenus, cette bête était l’incarnation du mal. Suivant les histoires que j’avais entendues, il avait l’allure d’un très grand homme, mais une fourrure épaisse comme celle d’un renard. Des crocs long, effilés et pointus qui ressortaient de sa gueule. Moi qui déjà m’en étais prise à un démon ailé, ne me suis pas méfiée de sa puissance. Quelle créature pourrait bien être plus féroce qu’un démon ailé ? Je vous le demande ! …

Quoi qu’il en soi, j’avais retrouvé sa trace, il se trouvait dans le Nord d’Aqua à un endroit appelé Plage du Nord tout simplement. Selon mes sources, c’était assez près du débarcadère. Il ne me restait plus qu’à me mettre en chemin pour rejoindre Aqua-ville. Pour se faire, j’ai dû traverser Irilisca, et retrouver l’ancien passage des Nains. Sans trop de difficultés, je suis parvenue à l’endroit désiré. Et puis j’ai traversé l’ancien passage.

Je n’étais encore jamais allé sur Aqua, voilà qui remédiait dès à présent à mon manque de connaissance du terrain aquatique et sablonneux qui faisait le charme de ce village balnéaire. J’ai commencé par repérer les lieux. Histoire de ne pas me perdre une fois la nuit tombée. Je pensais être bien préparée pour cet affrontement, j’y suis allée, en y réfléchissant, sans nul doute avec bien trop d’assurance pour que tout se termine bien. Et là, je vous le dis, il ne faut jamais sous-estimer un adversaire !

Toujours est-il, que mon audace était telle, que je n’ai pas écouté la mise en garde du maire du village, qui lui savait que quelque chose ne tournait pas rond avec ce Croloup. De quelle façon il pouvait le savoir ? Ça je ne le saurai jamais, parce que je ne suis plus là pour l’interroger…

Je suis donc partie prestement lorsque le soleil s’est couché armée de l’épée à mon frère et d’une torche. J’avais remarqué lors de ma pérégrination de l’après-midi, des traces étranges en forme de pattes de chien, elles étaient comme ancrées dans le sable. Ce devait soit être un molosse de passé 80 kilos marchant sur deux jambes, ou alors, la proie que je recherchais. J’ai plutôt penché pour le second choix. Je ne m’étais pas trompée.

Arrivée à hauteur de la marque que j’avais laissée pour me repérer dans la journée, je me suis arrêtée, et ai attendu de longues heures, avant qu’enfin, je m’aperçoive que quelque chose bougeait dans la petite futaie plus au nord. J’ai directement éteins ma torche pour éviter qu’on me voit. La nuit était claire, parce que la lune était pleine. Aucuns nuages ne s’étaient mis en tête de la cacher. Cela m’a bien aidé au départ, bien qu’au final ça ne m’ait pas aidé à survivre.

J’ai attendu dans ma planque jusqu’à ce que je remarque l’animal s’avancer dans ma direction, si je n’avais pas décidé d’attaquer à ce moment même, je n’aurais même pas réussis à le blesser à un bras. Je ne voulais pas attendre davantage, je me sentais puissante. Alors, je suis sortie de ma cache telle une furie brandissant mon glaive comme un guerrier farouche... Indomptable.. J’ai foncé sur le monstre toute rage dehors ! Malgré cela, la bête n’a pas bougé d’un pouce. Elle attendait … elle attendait juste que je sois assez proche pour se jeter sur moi. Sur le coup, je ne me sentais pas effrayée. J’étais tellement sûre que je ne risquais rien.

Je ne l’ai pas vu venir, oh ça non ! Et vu de près, je peux vous certifier qu’il est vraiment monstrueux ce Croloup, et en plus il a une haleine de cheval ! Enfin, Je me rappelle juste qu’à un moment donné, j’ai vu le sang couler de mon ventre, ou peut-être d’ailleurs. Ou peut-être de plusieurs endroits à la fois … ce n’était pas beau à voir, vous pouvez me croire. Une douleur cinglante m’a arrêtée dans mes mouvements. J’ai su à ce moment précis que tout était perdu ! Je pense aussi que c’est à ce moment-là que j’ai arrêté de me battre. Enfin, dans ma tête. Je me suis laissée emporter par la douleur elle était si forte que j’aurais incontestablement donné ma vie pour qu’elle s’arrête cette douleur. J’ai été entendue !

Lentement, j’ai senti mes muscles se relâcher, mon souffle, je ne le percevais même plus. Alors je me suis dit. Voilà, c’est le moment de fermer les yeux … Le spectacle est terminé, on baisse le rideau. J’ai tenu bon encore un court instant, juste le temps de voir le monstre qui m’a occis s’emparer de l’épée à mon frère…

Il va m’en vouloir mon frère ! En plus de mourir, j’ai égaré son épée … Mais je l’aime mon frère. Je sais c’est absurde souvent ce qu’on se dit avant que la vie ne quitte son corps, mais c’est comme ça…

***

Voilà comment se termine la balade de Rayna. Ma balade !

Ne soyez pas triste, c’est mieux ici !

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Je n'ai qu'un seul perso sur le jeu, mais ce dommage de gâcher ce petit poème que je composai en tentant de m'endormir hier soir :

La plus courte version des événements

Rayna vola l'épée de son frère,
Le Croloup déjà dans son repaire,
L'attendait à dents bien aiguisées
Et Rayna, en Kletor déguisée,
De lui s'est fièrement approchée.
Par le loup l'arme fut empochée.
Le corps et l'âme bien amochés
Rayna git morte sur le rocher.
Éolia ! Éolia ! Aie pitié !
Puisqu'en Aéris c'est ton métier.

Edited by Yuwena

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Chapitre I : La marche

~

En cette nuit venteuse, la forêt s’animait de milles frissons. Les ombres des arbres se fondaient en une seule masse indistincte et terrifiante. La jeune Rayna avait beau bien connaître cette forêt enchantée d’Irliscia, elle découvrait cet autre visage qui surgissait une fois la nuit tombée.

Le chemin était suffisamment dégagé pour éviter tout égarement, mais c’était bien la seule chose qu’elle reconnaissait, et qui la rassurait. Le reste était d’une noirceur impénétrable, insondable, laissant l’imagination prendre le dessus. Les branches semblaient autant de squelettes prêts à la capturer ; les feuilles virevoltaient avec malice, puis venaient frôler sa nuque, comme pour l’effrayer. Tout cela était bien irrationnel. Depuis qu’elle avait aidé les elfes de la forêt, elle savait pertinemment qu’aucune offense ne lui serait faite. Mais malgré ses pensées rassurantes, Rayna n’en menait pas large, plus pétrifiée que les larges troncs des chênes milléniaux.

Car il faut savoir une chose sur Rayna. Brave et courageuse, elle avait affronté de nombreux dangers. Ses péripéties l’avaient renforcés dans son for intérieur. Elle avait dominé la plupart de ses peurs. La plupart. Une seule lui résistait pourtant. Une peur plus profonde que toutes les autres. Ancrée dans son être. Bien trop immatérielle pour être vaincue par les armes. Elle osait à peine se l’avouer, mais cette marche nocturne le lui rappela. Rayna craignait le noir, et donc la nuit.

Cet empire des ténèbres qui prenait le jour, inlassablement, et peignait le monde d’une multitude de nuances de gris. Cet empire qui ôtait toute clarté pour faire régner sa dictature de confusion.

En proie aux créatures les plus redoutables, elle avait vaincu. Encore et encore. Jusqu’à aujourd’hui. Elle l’ignorait encore, mais cette peur infâme lui coûterait bientôt sa vie.

Chapitre II : La ruse

~

C’était un moment délicat à passer. Elle abhorrait la nuit, où tout semble se figer et où tout s’agite en même temps. Souvent, elle levait les yeux vers le ciel, pour y apercevoir quelques étoiles. Elle s’amusait à reconnaître les constellations. Ce ciel-là ne l’abandonnait pas, ne lui réservait aucune surprise. Et dans cette noirceur la plus totale, seules les étoiles lui apportaient une lumière bienvenue.

Mais ce soir-là, le ciel était couvert, lui refusant ce soutien. Elle refusa d’y voir un signe.

Peu rassurée, elle savait pourtant que c’était le seul moyen. Le Croloup était un adversaire coriace, et elle aurait besoin de la lumière du jour pour disposer de toutes ses forces. Il lui fallait donc partir de nuit, afin d’arriver à l’aube sur ses terres d’origines, à Ignis. Elle aurait ainsi une journée complète pour exercer ses talents et venir à bout de ce monstre. Le plan était infaillible, sa confiance était assurée.

Rayna pressa son pas.

Enfin, elle atteignit les contreforts de la butte centrale de la forêt. Il lui fallait alors trouver Kalerz. Cet elfe malicieux rôdait dans les parages. Amoureux de cette nature magique, il aimait vagabonder à ses heures perdues, si bien qu’il n’était jamais au même endroit. C’était également un amateur de l’art du camouflage. En résumé, c’était probablement l’être le plus difficilement localisable de ces terres. Mais cette nuit, Rayna n’avait pas de temps à perdre. Aussi malicieuse que lui, elle avait échafaudé un subterfuge simple et efficace pour parvenir à ses fins.

Elle s’approcha d’un des énormes chênes et se saisit fermement de l’épée de son frère. Elle approcha la pointe de la lame de l’écorce du tronc. Elle se mit en place, prête à enfoncer l’épée dans le corps de l’arbre, de la même manière qu’elle se serait apprêtée à empaler une victime de part en part. Presque instantanément, un cri d’effroi se fit entendre.

- Sacrilège de la Nature ! Mais arrêtez-vous donc ! s’écria l’elfe qui apparut juste derrière la jeune guerrière. De quel droit osez-vous vous en prendre à ces géants de la Nature ?

- Calmez-vous, calmez-vous ! J’avais simplement besoin de vous voir très vite ! J’ai besoin d’accéder à la butte ! expliqua Rayna.

Partagé entre l’agacement de devoir céder si facilement aux requêtes de la jeune femme, et sa crainte de voir égratigné l’un des majestueux chênes de la forêt, l’elfe finit par opter pour la première option. Il prononça quelques mots d’elfiques, accompagnés d’un élégant mouvement des mains.

Rayna se retrouva aussitôt sur la butte, quelque peu déboussolée par ce sortilège magique auquel elle n’arrivait décidément pas à s’habituer. Elle entendait encore les vociférations lointaines de l’elfe. Elle n’y fit pas attention et se dirigea vers le tunnel des nains. C’était une petite trappe, dissimulée sous une herbe factice, et qui échappait facilement aux regards inexpérimentés. Sans perdre une seconde, elle souleva la trappe de bois et s’y engouffra, laissant ainsi le silence complet reprendre ses droits sur la forêt.

Chapitre III : La traversée

~

Le tunnel des nains était un long couloir creusé dans une roche argileuse particulièrement compacte. Il possédait quatre entrées, menant chacune aux lointaines contrées élémentaires. Beaucoup avaient longtemps douté de l’existence de ces sentiers souterrains, soutenant qu’il était proprement impossible d’atteindre Ignis, Aéris, Aqua, et Terra depuis Irliscia. Les nains avaient toujours suscité une certaine hostilité chez les humains. Ces derniers prenaient alors plaisir à ramener plus bas que terre ces petits êtres. Pourtant, depuis l’ouverture de ces chemins dérobés, preuve était faite que cela était possible. Les humains, déconcertés, s’étaient contentés de passer d’une théorie à l’autre et affirmaient désormais que les elfes avaient aidé les nains dans leur entreprise en usant d’un subtil sortilège, qui, à un certain point du tunnel, permettrait de téléporter les aventuriers sans même qu’ils s’en rendent compte.

Rayna était bien loin de toutes ces considérations, concentrée sur son entreprise à elle. Rassurée par les torches murales qui accompagnaient sa traversée souterraine, elle s’autorisa un répit. Elle s’adossa quelques instants et reprit son souffle. Distraite, elle songea à son frère – probablement encore endormi à cette heure – et à l’éventualité d’un futur où il serait devenu un aventurier aussi aguerri qu’elle. Elle pensa à ses parents, et à leur fierté à venir. Si le moyen n’était pas tout à fait honnête, la fin justifiait tout le reste. Un sourire naquit sur ses lèvres.

Ses esprits rassemblés, elle reprit la route d’un pas décidé. L’argile laissait filtrer quelques gouttelettes d’eau qui perlaient sur son visage. Une sensation pas si désagréable en ces lieux où la température s’accroissait rapidement. La terre exhalait d’une chaleur lourde et étouffante. Ayant longtemps arpenté les pavés noircis d’Ignis, Rayna s’était habituée à vivre dans une fournaise permanente. C’était un poids permanent sur les épaules. Cela lui avait aussi appris à tirer au mieux bénéfice de la moindre source d’eau. Confiante, elle avança d’un pas plus rapide.

Après une heure de marche, Rayna se mit à ralentir. La lumière fébrile des torches s’arrêtait net. Cette amie fidèle qui l’avait guidé jusque-là l’abandonnait et la laissait livrée à elle-même, dans l’obscurité la plus totale. Ou peut-être était-ce un signe. Le signe qu’il fallait rebrousser chemin. Le signe d’un ami qui tente, une dernière fois, de vous avertir. Le signe que ce qui l’attendait n’était que ce trou, noir et sans fin. Le néant.

Chapitre IV : Le néant

~

Ignorant les implorations de quiconque tentait de l’avertir, Rayna se saisit de son épée et l’asséna avec une force insoupçonnée sur le manche en bois de la dernière torche qui crépitait. Largement entamé par le coup, le bois était sur le point de céder. Elle s’en saisit et l’arracha d’un mouvement sec.

Pendant quelques secondes, elle ferma ses yeux, inspirant profondément. Puis elle les rouvrit calmement. Déterminée, elle s’engouffra dans l’obscurité, à la lumière de cette unique flamme.

Sa confiance s’amenuisa. A chaque pas, son énergie s’échappait un peu plus sans qu’elle ne puisse rien n’y faire. Toute la force qu’elle avait accumulée semblait s’évaporer dans les ténèbres qui l’entouraient. Elle ne voyait pas à plus de deux mètres. Plongée dans un noir presque complet, elle se sentait dépossédée. Elle errait. Elle ne réfléchissait plus clairement. Elle était terrorisée par ce monstre, sans voix et sans visage. Le temps s’était suspendu. Cette fois-ci, aucun bruit ne se faisait entendre, aucune ombre ne se faisait sentir. Rien. Simplement le noir. Et cela était autrement plus terrifiant.

Rayna regrettait déjà sa décision. Elle avait vu les signes et s’était dérobée à les considérer. Ses pensées s’égaraient dans les affres de la tourmente. La noirceur envahissait aussi son esprit, recouvrant d’un voile opaque tous ses espoirs. Plus rien n’était rationnel.

La flamme de sa torche, doucement, déclina. Rayna la fixait avec insistance comme pour tenter de la raviver un peu. Ses yeux étaient écarquillés, emplis de torpeur. Les images s’entrechoquaient dans sa tête. Son frère ne serait pas l’homme brave qu’il aurait dû être, et ses parents sombreraient dans le chagrin. Les scènes de son enfance défilaient dans son esprit. Comme si sa mort était imminente. Comme si sa vie arrivait à son terme.

La dernière lueur s’éteignit. Il n’y avait plus que le silence. Elle se figea, les yeux fixés dans le vide. Soudainement, ses peurs se volatilisèrent. Elle ne ressentait plus rien.

Plus rien.

Chapitre V : L’aube

~

La chaleur lui chatouilla les narines. Le doux son des flots de lave lui caressa les oreilles. Elle entrouvrit les yeux et aperçut ce ciel qu’elle connaissait si bien. Un voile cendreux, obstrué par des panaches de fumée qui atteignaient des hauteurs vertigineuses. Elle ignorait combien de temps elle avait été inconsciente, ni comment elle avait atterri là. Elle était allongée, au beau milieu d’une plaine de lave refroidie, son épée à côté d’elle. Ce sortilège des elfes était peut-être bien plus réel que ce qu’elle imaginait.

Mais elle avait atteint sa destination et elle savait ce qui lui restait à faire. Encore chahutée par sa perte de conscience dans le tunnel, elle s’assit, et inspira profondément. L’espace de quelques instants, elle contempla le paysage qui l’entourait. Une terre noircie par la cendre, entaillée par les lits brûlants des rivières de lave. Elle reconnut assez vite l’endroit, et savait alors exactement où trouver le Croloup. Ces repères familiers et ces lieux longtemps parcourus lui permirent de regagner la confiance qu’elle avait perdue. Elle se redressa, ramassa son épée, et marcha d’un pas assuré vers le repaire du Croloup.

Le Croloup était une bête colossale. Si grande qu’il devait courber l’échine en permanence. Il était recouvert d’un pelage ras et était vêtu d’un pantalon déchiré, seul vestige de l’humanité qu’il abritait autrefois. Rejeté d’Ignis suite à sa transformation, il s’était isolé loin de la ville, sur un petit îlot cerné de laves brûlantes. Il n’aimait pas particulièrement la présence des humains, qui lui rappelaient ce qu’il était jadis. Cette ire profonde l’amenait à commettre les massacres les plus odieux.

Rayna atteignit assez vite le territoire de la bête. Le Croloup se tenait debout, à quelques dizaines de mètres de là, penchée sur la rivière de lave. La guerrière s’avança en silence, et se rapprocha. Il n’était plus qu’à quelques mètres. Sournoise de nature, elle songea évidemment à le pousser dans la rivière, et le voir se consumer en un instant. Mais cela était trop facile, trop cruel, et trop indigne. Surtout, elle avait besoin d’une preuve de l’exploit qu’elle s’apprêtait à accomplir.

Elle était désormais à une distance raisonnable. A deux reprises, elle fit tinter son épée en frappant le sol, comme pour annoncer le combat. Le Croloup, averti, détourna son regard de la rivière et se retourna.

Le combat était engagé. Le dernier. Son dernier.

Chapitre VI : Le crépuscule

~

Le Croloup était devenu plus puissant qu’autrefois, chargé de la colère accumulée depuis sa mutation. Rayna s’en rendit compte. Pour autant, elle connaissait ses forces et ne recula pas une seconde. Au contraire, elle brandit son arme avec vivacité. Maintes fois, elle parvint à l’écorcher et à faire saigner la bête. Mais le Croloup était étonnamment agile, et évitait avec aisance la lame de son adversaire.

L’épée attirait mystérieusement toute son attention. Il était absorbé. A tel point qu’il évitait systématiquement le regard de Rayna. Il avait été humain dans le passé, et cette épée lui rappelait ce qu’il aspirait à devenir autrefois : un guerrier aventureux et avide d’explorations de découvertes. Il n’avait jamais pu tenir une si belle épée, lui qui avait été stoppé net dans son envol. S’il était devenu un monstre, il gardait pour autant en lui une rage bien humaine.

Le combat se poursuivit, partagé entre les assauts de Rayna et les esquives du Croloup. Mais la jeune femme maîtrisait son art et se fatiguerait bien après lui. Elle avait toute la journée devant elle, exactement comme elle l’avait prévu. Pourtant, la lumière environnante déclina peu à peu. Elle tenta de se rassurer en imaginant qu’une éruption avait pu se produire et que la fumée avait davantage assombri le ciel. Mais elle-même n’y croyait pas. N’importe quel igné vous le dira : toutes les éruptions sont accompagnées d’un grondement assourdissant. Il n’y avait rien eu de tel. Les idées se bousculaient dans sa tête, et elle ne parvenait pas à comprendre. Comment était-il possible que le soleil se couche si vite ? Avait-elle perdu la notion du temps lors du combat ?

Puis elle fut frappée. Saisie d’effroi. Elle se souvint de ce qui lui était arrivé dans la grotte. De sa peur, de sa perte de conscience. Combien de temps avait pu s’écouler avant qu’elle reprenne ses esprits ? Hélas, cette question commençait à avoir une réponse, et cette réponse n’augurait rien de réjouissant. La nuit arrivait, doucement mais sûrement. Dissimulée derrière le jour, elle s’apprêtait à jeter son sombre manteau sur le monde. C’était désormais la seule certitude qu’avait Rayna.

L’espace de quelques secondes à peine, perdue dans le cheminement de ses pensées, Rayna s’était immobilisée. Le Croloup, devant elle, s’en aperçut, et l’observa. Son visage, ses traits, son regard.

Décidée à en finir avant la fin du crépuscule, Rayna se reprit. Elle saisit fermement son épée, ravala ses peurs, et leva les yeux sur la bête. Jamais elle n’avait arboré une telle persévérance. Comme si la peur de tout perdre dopait sa témérité. Le Croloup la fixait toujours lorsque le feu de sa vaillance illumina le regard de la jeune guerrière. Il la contemplait. Il fut troublé, divisé entre l’admiration qu’elle lui inspirait, et le désarroi d’affronter à nouveau le reflet de ses espérances déchues.

Rayna représentait tout ce qu’il aurait souhaité devenir un jour. Elle y était parvenue. Mais pas lui. Sa misérable existence n’avait plus de but, et il n’avait besoin de personne pour lui rappeler.

Comme l’homme qui s’était un jour transformé en monstre, sa tristesse se transforma en rage. C’était là une arme bien plus affûtée que n’importe quelle lame, une motivation bien plus grande que l’espoir. Pour la première fois, la bête cessa d’esquiver et attaqua frontalement la guerrière. Plus équilibré, le combat se poursuivit pendant plusieurs dizaines de minutes. Les corps s’éreintaient, les peaux saignaient, les esprits s’affaiblissaient.

La nuit était tombée.

La panique commença à s’immiscer en Rayna. Elle cherchait désespérément les étoiles dans le ciel. Mais toutes se cachaient honteusement, comme si aucune d’elles ne voulaient assister à l’inévitable. La jeune femme trouvait cependant un réconfort certain en la rivière de lave qui s’écoulait non loin de là. Hélas, le lit était bien trop creusé, les berges étaient profondes et le niveau de la lave trop bas pour réellement éclairer la scène sur laquelle les deux opposants s’affrontaient.

Le Croloup remarqua le comportement erratique de son adversaire, et comprit assez vite ce qui la tourmentait. Il était humain, après tout. Et il avait appris à lire en eux. Astucieusement, il déplaça le combat vers une grotte rocheuse située à quelques dizaines de mètres et s’y engouffra sans perdre de temps. Rayna, dont l’esprit n’était plus aussi vif, le suivait presque mécaniquement, comme elle le faisait depuis plusieurs heures déjà. A peine eût-elle pénétré dans la grotte qu’un lourd rocher s’abattit sur sa nuque.

Chapitre VII : La nuit

~

Lourdement étourdie, mais encore consciente, Rayna tituba en s’enfonçant un peu plus profondément dans la grotte. Le Croloup, dissimulée dans la pénombre, s’empara sans aucune difficulté de son épée. Complètement égarée, saignant abondamment de la nuque, Rayna se retourna péniblement vers le Croloup, qui se tenait devant elle immobile. Elle aurait voulu récupérer son épée, mais elle s’en sentait bien incapable désormais. Sans aucune once de compassion, sans lui donner le temps d’un dernier souffle, il transperça la guerrière d’un trait net et puissant. Elle le fixait, avec ce même regard, cette même flamme dans les yeux. Cet éclat empreint de courage. Le peu qui lui restait de vitalité et d’énergie était juste là. Dans son regard brûlant. Elle savait que tout était terminé, mais elle continuait à soutenir son regard. Même dans ses derniers instants.

Le Croloup retira la lame. Rayna s’effondra sur le sol. Elle se vidait peu à peu de son sang. Elle disparaissait peu à peu de ce monde. Ses yeux étaient encore grand ouverts. Elle fixait la sortie de la grotte, au-delà de laquelle elle percevait quelques lueurs lointaines. La lave incandescente. Elle s’accrocha tant qu’elle pût à ces dernières lumières. Ces lumières qui l’avaient délaissée.

Ses paupières se fermèrent lentement.

Epilogue

~

Rayna entrouvrit les yeux. Elle se tenait debout, une torche à la main. La lumière était derrière elle. Et devant elle, le noir profond.

Elle s’engouffra dans l’obscurité, à la lumière de cette dernière flamme.

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Moi j'suis une bourrine! Une vrai de vrai vous voyez! J'suis pas comme ces lopettes en robe qui se contentent de chanter de traviole pour faire fuir leurs ennemis ou comme ces abrutis en collant qui se trémoussent bien loin du danger en décochant une flèche ou deux à l'occasion.
Nan moi vous voyez j'suis une brute, une vrai barbare j'fonce sur le mec d'en face je l'éclate et pis après j'le bouffe! Vouais passque j'aime la viande rouge et saignante c'est plein de bonne chose comme du sang et du cartilage. Et pis attention j'suis pas inconsistante....incontinente...inconsciente voila! Ouais nan moi j'suis pas comme ça moi j'suis plutôt courageuse et pis même que tous mes ennemis y sont mort et même pas moi alors voila!
Tiens par exemple y'avait des renards avec plus de queue qu'on a de doigts ben j'leur ai foncé dessus et pis maintenant j'ai des nouvelles bottes. Ou alors y avais des démon avec des ailes dans le dos et ben je leur ai foncé d'ssus et maintenant j'ai des ailes aussi (enfin j'les ai pas gardé longtemps, ça marchait pas sur moi).
'Fin vous aurez compris moi j'suis forte! Par contre mon abrutis de frangin lui c'est plutôt une fiote et moi j'aime pas les fiotes. Alors au début ben j'lui ai foncé d'ssus mais là ça a pas marché sauf que maint'nant il veut plus trop me causer. Du coup j'ai trouvé un plan machival...mechiaval...intelligent! J'vais prendre son arme et pis j'vais me faire un monstre super puissant à sa place, comme ça les gens y croiront qu'c'est plus une fiotte et j'en ferais un vrai mec couillus comme moi après! Pas de doute c'est imparable.
Pour le monstre j'ai entendu des gens causer d'un truc qui vivrait à Aqua, c'est un genre de grand truc poilus avec des crocs et des griffes. Comme on s'dit qu'ça doit être un monstre dans les contes. Alors hop j'suis pas longtemps avant de partir, j'prend juste l'épée du frangin et pis j'suis sur le chemin.
Le chemin qu'est pas bien dang'reux d'ailleurs, deux trois trucs qui m'barrent la route des fois avec des oreilles pointus, des fois tout p'tit mais bon j'fonce dedans et ça me laisse passer. A un moment y faut traverser un grand tunnel tout noir et moi comme j'aime pas trop l'noir bah j'fonce très vite et je finis par arriver au bout.
La dessus me v'la déjà à Aqua, il y a plein d'eau partout (j'aime pas l'eau parce que ça fais glisser quand ont fonce dessus) et des p'tits crabes en veut tu en v'la mais pas de trace d'un gros monstre poilus. Alors j'demande au villageois si ils l'ont pas vue mais ils me disent que non et que c'est tant mieux, que si j'le réveille ça va leur donner plein d'ennuis alors faut qu'je parte. Mais moi j'veux pas partir passque sinon mon frère il va continuer à avoir peur, du coup j'cherche mais j'aime pas chercher du coup au bout d'un moment j'fonce sur les arbres! D'abord c'est leur faute, si il y avait pas d'arbre ben il pourrais pas se cacher et j'aurais juste à foncer dessus!
Mais au bout d'un moment faut que je m'assoie passque quand même c'est fatiguant de foncer, et alors il y a un monsieur qui vient m'voir il a une grande capuche sur la tête et y doit être très vieux passqu'y marche difficilement et un peu arqué. Il me tend une gourde qu'a l'air pleine d'eau mais moi j'me méfie passque les lopettes en robes ben des fois quand y peuvent plus chanter ils essaient de nous empoisonner et lui y ressemb' pas mal à une lopette noir. Comme y voit qu'j'hésite y s'met à m'parler et sa voie est très rocailleuse comme si elle était usée.
"-Mon nom est...Lou et vous?
-J'm'appelle Rayna!
-Et que faites vous ici...Rayna?
-J'viens pour tuer un monstre. Un qui a plein de croc, pour qu'mon frères ce soit plus un pleutres!
-Je vois...Mais pourquoi êtes vous ici, et pas à sa recherche alors?
-Ben j'l'ai cherché, mais j'le trouve pas. A mon avis y doit savoir que j'le cherche et il se cache passqu'il a peur!
-Oui c'est possible...Il est assez lâche...
-Passque vous le connaissez?
-D'une certaine manière...il m'as prit toute ma vie.
-Et p't'être que vous savez où il est?! Comme ça je pourrais lui foncer d'ssus et et vous s'rez vengé et moi je s'rais contente.
-Oui je sais où il est en effet...mais je ne pense pas qu'il serais bon que je vous le dise.
-Pourquoi?! Vous savez j'suis très forte pour foncer sur les gens!
-Je n'en doute pas...mais il est fourbe...retors...il faut savoir certaine chose avant de partir à sa chasse.
-Hé ben dites les moi! Et pis comme ça j'lui fonce dessus après!
-Pourquoi pas...Mais rasseyez vous il y a beaucoup à savoir...désaltérez vous aussi ça vous fera du bien...bon alors d'abord...il sait se mouvoir comme vous sur deux jambes...il aime bien tromper sa proie en imitant le crie d'une autre proie...et il sait se déguiser pour tromper les Hommes trop fort pour lui...
-Té c'est drôle votre histoire! Présenté comme ça vous pourriez très bien...très bien...bie.."
Le poison a prit son temps mais il a finis par agir. Relevant ma capuche je laisse mon museau respirer en paix l'air de la nuit, ces vêtements d'humain sont certes inconfortable mais d'une grande aide quand l'on a pareille chasseur à ses trousses. Je ramasse son épée comme trophée, elle n'a guère mieux sur elle, et je m'enfonce vers les profondeurs de la forêt, laissant là le cadavre qui fera sans doute le plaisir de quelque bête sauvage.
Mon nom est Lou...Croloup.

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- Aqua… voilà où m’ont mené les indices… Ces plages sont vraiment magnifiques…

Je venais juste d’arriver dans cette région que déjà j’étais saisie par la beauté du paysage, le coucher de soleil rougeoyant au-dessus de l’océan était un spectacle des plus splendides.

- Père et mère auraient adorés cet endroit…

Une larme commença à rouler sur ma joue, pourquoi pleurais-je ? Parce que j’avais honte, honte que mon frère quémande sans cesse l’aide des autres ? Honte de peur que nos parents l’apprennent un jour ? Honte d’être tombé si bas ?

- Je dois rétablir l’honneur de mon frère avant que Père et Mère ne sachent quoique ce soit !

Essuyant d’un geste de la main les quelques larmes qui coulaient sur mon visage, je me saisis fermement de l’épée de mon frère et partie à la recherche d’une auberge ; inutile de dormir à la bel étoile ce soir, je commencerai mes recherches demain.

Après une bonne nuit de sommeil dans une auberge relativement confortable, bien que démunie de taverne, je décidais de commencer par interroger les villageois. C’était une ville emplit de magiciens et guerriers en tout genre, il y aurait bien quelqu’un pour me renseigner.

Me dirigeant vers la place du village, j’interpelai un premier passant :

- Excusez-moi monsieur, sauriez-vous où je pourrai trouver le monstre que l’on surnomme « Croloup » ?

Surpris, mon interlocuteur me dévisagea de haut en bas, avant d’appeler d’une grosse voix bourrue cinq ou six personnes qui tournaient le coin de la rue.

- Hey les gars ! Y a la ptite dame qui cherche le Croloup, vous en pensez quoi ?

Etonnée, je regardais ces hommes se jauger du regard puis hocher de la tête chacun leur tour.

- Bon, vous semblez assez forte pour une femme et votre épée est des plus impressionnantes. Vous comprenez on n’aimerait pas vous envoyer à la mort. Qu’est-ce vous lui voulez à notre Croloup ?

- Je veux l’abattre simplement. J’ai entendu dire qu’il semait la terreur par ici et pour des raisons personnelles j’ai besoin de la tête de cette bête.

Ne les voyant pas tout à fait convaincu, je racontais quelques-unes de mes aventures aux villageois afin qu’ils prennent conscience de ma véritable force. Mes récits semblaient les ravir et en un rien de temps ils m’indiquèrent que la tanière que je cherchais se trouvait au nord de la ville. Malheureusement, si j’avais trouvé l’antre de la bête, il n’en était pas de même pour cette dernière, elle demeurait indétectable. Au début je demeurais caché dans les environs du domaine du Croloup dans l’espoir qu’il revienne un jour dans son terrier, mais ce ne fut pas le cas.

Au fil des jours j’étendis donc mes recherches à toute la région d’Aqua, peut-être le monstre était-il en train de dévorer un enfant dans une ruelle sombre de la ville ? Ou alors guettait-il un pauvre berger isolé, prêt à lui trancher la gorge à la moindre occasion ?

Parfois je pensais apercevoir ses traces, mais souvent il ne s’agissait que de simple trace de chien.

Les jours passaient, dès que je croisais un habitant de la région, je l’interrogeais sur le Croloup, ses habitudes, ses actions passées… etc

J’en arrivais à me demander s’il existait réellement car plus personne ne l’avais vu depuis quelque temps, et pire encore, je me demandais s’il était si terrible que ça. Il tuait du bétail, mais il fallait bien qu’il se nourrisse, il s’en prenait aux aventuriers qui voulait le combattre, était-ce de l’auto-défense ou une véritable preuve de cruauté ? Les villageois semblaient catégoriques : c’était une bête sanguinaire et sans scrupule.

Désespérant de le trouver sur Aqua, je décidais de me rendre dans une forêt proche de la ville, Kiar Mar. Comme à mon habitude lorsque j’étais en chasse, je dormais à la belle étoile. Non pas que les rayons des quatre lunes rendaient le teint de ma peau plus halé, juste que c’était une vielle technique de chasseur expérimenté.

Chaque soir, je posais des pièges dans un rayon de 20 mètre à la ronde et je couchais à même le sol, mon épée à portée de main. L’idée était simple, en faisant ainsi, je servais moi-même d’appât à la bête sanguinaire que je cherchais, si elle passait dans les environs, elle ne pourrait résister à un tel spectacle et au moment où elle passerait à l’action, elle avait toutes les chances de tomber dans un des pièges !

Une nuit je cru avoir réussis mon coup, un grand fracas m’avait extirpé de mon sommeil, mais en ouvrant les yeux j’aperçu seulement un ent noir en déroute. Certainement s’était-il fait surprendre par un de mes leurres.

Les jours et les nuits passaient et aucune trace du monstre. Parfois, lorsque les étoiles étaient hautes dans le ciel, le désespoir m’envahissait, tout ce temps à vagabonder dehors sans aucun résultats… L’honneur de ma famille ne serait jamais rétabli… A cette pensée je ne pouvais retenir mes larmes et il m’arriva plus d’une fois de sangloter dans le froid en pleine nuit.

- Vous savez madame, on raconte qu’une fois, le Croloup s’est jeté sur un infirme et l’a dévoré d’une seule traite ! Alors même que le malheureux ne pouvait esquisser un geste de fuite. Mon voisin prétend même l’avoir vu fondre sur deux enfants qui jouaient à la balle un peu trop près de sa tanière !

Voilà ce que m’avait dit le dernier homme que j’avais croisé, mais il était trop tard, cela faisait trop longtemps que je le cherchais sans succès, il était temps pour moi de retourner près de mon frère, là où je lui serais utile, peut-être arriverai-je à lui donner une once de courage, qui sait.

C’est ainsi que je retournais abattu sur la plage qui avait vu mes premiers pas dans cette région. Cette fois encore le coucher de soleil était superbe.

- Je suis désolée mon frère… Je n’y arrive pas... Moi Rayna ai échoué, jamais je ne trouverai cette bête infâme que je devais abattre pour ramener ton honneur, jamais je n’accrocherai la tête du Croloup dans notre demeure et pourtant, je suis sure que sa mort serait méritée, ce qu’on raconte sur ce monstre est horrible. Pardonne-moi Kletor…

Soudain j’entendis un bruit sur ma gauche, quelqu’un était là !

- Qui va là ?!

***

Une douce brise, une odeur… Un parfum de… de lavande ?

Le soleil se couchait, ses rayons orangés se reflétaient dans l’océan émettant une lueur réconfortante.

D’où venait cette odeur si peu familière dans la région ? Qu’était-ce donc ?

Au loin sur la plage une silhouette se dégageait à travers le coucher de soleil, de ses cheveux ondulants au vent s’échappait cette odeur de lavande.

C’était une guerrière, fière et puissante, armée d’une magnifique chevelure brune et d’une épée des plus redoutables.

En m’approchant quelque peu, je puis distinguer son regard. Derrière cette carrure liant la finesse à la puissance, se cachait un regard empli de tristesse. J’étais certes loin, mais mon instinct me disait que mes yeux ne me trompaient pas, cette jeune femme pleurait, épée en main devant le soleil couchant.

Pourquoi pleurait-elle ? Elle semblait… différente des autres, plus humaine ?

Les habitants d’Aqua sont pour beaucoup de braves gens, mais sans grandes émotions, ne voyant le monde qu’à travers un prisme manichéen, le bien, le mal, Niue et Quen, les gentils et les méchants, sans nuances aucunes. Cette manie qu’ils ont de juger pour la plupart à l’apparence, sans tenir compte de la réelle personnalité des gens.

Mais cette jeune fille ne peut qu’être différente, aucun habitant de la région n’aurait pleuré ainsi sur une plage devant un coucher de soleil. Trop fiers et trop peureux d’être jugés, ils n’arborent qu’un masque qu’ils n’enlèvent que la nuit, lorsque les étoiles pénètrent leurs rêves pour qu’ils fassent face à leurs pires peurs, ou au moment de leur mort, en tout cas, c’était mon ressenti.

Je devais comprendre ce qui la différenciait des autres.

Le lendemain je n’eus qu’à suivre son parfum pour la retrouver, me faufilant discrètement dans les rues d’Aqua, n’empruntant que les coins sombres et déserts, je la retrouvais sur la place principale entrain d’interroger les villageois. Que voulait-elle ? Il n’était pas courant de voir des étrangers par ici et les habitants s’empressaient de répondre à ses questions, cependant j’étais trop loin pour comprendre le sens de la discussion. Une chose était sure, les citoyens de la ville semblaient heureux devant les nouvelles qu’annonçait la guerrière.

Virevoltant sur elle-même, elle se dirigea alors d’un pas décidé vers le nord de la région, répandant derrière elle cette douce odeur de lavande.

Elle passa ainsi plusieurs jours à inspecter chaque recoins de la région, interrogeant quiconque croisait son chemin. Parfois, elle se penchait sur le sable et inspectait ce qui semblait être des traces, puis repartait sans plus de cérémonie. Les nuits, elle allumait un feu pour se réchauffer et dégustait quelques poissons pêchés plus tôt dans la journée. Elle ne se reposait que très peu et j’avais moi-même du mal à la suivre.

Au fils des jours, je compris en quoi elle m’avait paru si différente. Elle mettait tellement d’ardeur dans ses recherches que j’en étais maintenant convaincu, peu importe ce qu’elle cherchait, elle ne le faisait pas pour elle. Ce dévouement, ces recherches qui duraient depuis des jours sans jamais aboutir et pourtant, chaque matin elle se levait de plus en plus tôt après avoir passé une dure nuit à même le sol afin d’accomplir son devoir.

Ces larmes qui avaient coulé ce soir-là, dégageaient tellement de sentiments, elle est différentes des autres c’est certains. Je venais alors de décider de la suivre et de la protéger jusqu’à ce qu’elle accomplisse sa mission.

Peu de temps après, elle décida de se rendre dans cette forêt maudite que peu d’aventurier traversent. Certes j’y avais déjà été, mais même moi, je n’y étais pas en sécurité.

Continuant de la suivre discrètement, je sentais que le destin de cette guerrière était lié au mien, que sa réussite dépendait uniquement de moi. N’hésitant pas un instant, je choisis de dormir le moins possible afin de pouvoir la protéger à tout moment dans la lugubre forêt de Kiar Mar.

Et un soir, arriva ce qui devait arriver, un ent noir ne put retenir ses pulsions meurtrières. La jeune femme dormait à point fermé tandis que l’être abjecte étendait peu à peu ses racines empoisonnées vers elle. Je ne puis regarder sans rien faire, sautant d’un bon sur l’ennemi, je réussi à l’expulser contre un arbre. Une bien faible défense de ma part, mais cela semblait avoir suffi pour mettre l’ent en déroute. Cette nuit-là, je ne fermai pas l’œil de la nuit.

Son voyage dans la forêt dura encore 2 jours, je ne comprenais pas pourquoi la guerrière s’obstinait à dormir dehors alors même que des auberges étaient à disposition non loin.

Parfois la nuit je l’entendais sangloter, cela me brisait le cœur, j’avais envie de la rejoindre, de lui demander ce qui n’allait pas, pourquoi elle pleurait ainsi, mais quelque chose me retenait de le faire, alors je me couchais moi aussi à quelques mètres d’elle à l’abri des regards, et j’écoutais ses larmes couler, me rappelant que certains Hommes étaient capables de sacrifices sans fin pour aider un de leur proche.

Je l’avais compris lorsque la jeune femme tentait d’obtenir des informations auprès d’un vendeur d’équipement, elle cherchait quelque chose afin de rendre son honneur à son frère. Un geste plein d’amour.

Las de son voyage inutile à Kiar Mar, elle se décida enfin à retourner sur Aqua. Elle semblait abattue et désespérée, prête à rentrer chez elle les mains vides. Comme la première fois où je l’avais vu, elle se tenait débout sur la plage face à l’océan. Ses larmes brillaient sur ses joues, illuminées par le soleil décroissant.

Cette fois je m’approchais un peu plus, toujours à l’abri des regards. Elle allait rentrer chez elle, ça serait la dernière fois que je pourrais la contempler, cette femme pure si différente des autres. J’étais persuadé que nos destin était lié, que je devais la protéger afin qu’elle accomplisse ce pourquoi elle était venu, il semblerait qu’en vérité, je me sois trompé.

Caché non loin d’elle derrière un bosquet, je perçu soudainement des murmures, elle parlait. Que pouvait bien être les dernières paroles de cette guerrière que je chérissais désormais. Elles ne s’adressaient certainement pas à moi, mais j’allais les écouter et les prendre comme un adieu.

- Je suis désolée mon frère… Je n’y arrive pas... Moi Rayna ai échoué, jamais je ne trouverai cette bête infâme que je devais abattre pour ramener ton honneur, jamais je n’accrocherai la tête du Croloup dans notre demeure et pourtant, je suis sure que sa mort serait méritée, ce qu’on raconte sur ce monstre est horrible. Pardonne-moi Kletor…

« Bête infâme » ?... « Monstre » ?... « Mort méritée » ?... C’était donc ça, c’est après moi qu’elle en a, après l’ignominie que je représente aux yeux des hommes, la chose assoiffée de sang que je suis…

- Qui va là ?!

Etourdi par ce que je venais d’entendre, je m’étais laissé tomber sur le sol, faisant craquer les branches mortes. Rayna s’était retournée vers moi, elle marchait vers ma cachette, épée en main, prête à se défendre. Elle était là, elle était sur moi, ses yeux s’écarquillèrent, la surprise puis la détermination se succédèrent dans son regard. Un premier coup d’épée s’abattit, la douleur, le sang et un coup de patte réflexe expulsa la guerrière contre un arbre.

Que venais-je de faire ?! Elle gisait là, meurtrie à la poitrine par des traces de griffes, la tête ensanglantée suite au choc…

Pourquoi ?! Pourquoi est-ce qu’il avait fallu que ça se finisse ainsi ?! Nos destins étaient liés c’était certain et la réussite de sa mission dépendait de moi… Mais il était trop tard… Déjà l’odeur de lavande se mêlait à celle du sang et bientôt l’odeur âcre de la mort recouvrira tout son être. J’avais tué celle que je pensais différente, celle que je voulais protéger.

Je me saisis alors de l’épée de Rayna, je l’emporterai toujours avec moi désormais, pour me souvenir, me souvenir que je ne suis qu’une bête et que je ne pourrai jamais changer car je l’ai tué.

Le soleil se coucha mais ce soir-là ses rayons orangés se mariaient parfaitement avec la couleur pourpre que prenait peu à peu l’océan, teinté par le sang.

Rayna avait fini par trouver le Croloup, mais rien ne s’était passé comme prévu.

Edited by Ginji

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La ballade d’une sœur dévouée

Couplet premier

Voyage, voyage...

De bon matin, Rayna quitta la Guilde du Leiden et se dirigea plein sud, vers la forêt des Elfes. Là se tenait le seul passage qui pourrait la mener vers sa destination : Aéris. Aux dernières nouvelles, c’était sur les hauts plateaux du fief d’Eolia que ce monstre avait été localisé la dernière fois. Elle pensa alors à son frère et aux regards narquois que certains membres de la guilde faisaient parfois peser sur lui... Il lui tardait de les voir confondus par la nouvelle de la victoire de Kletor sur le Croloup. Mais ces pensées agitées fuirent place à une sérénité retrouvée lorsque s’esquissa devant elle l’orée de la sylve primordiale.

Elle aimait la forêt elfique. Voir les lourdes frondaisons d’un vert profond au-dessus de sa tête lui procurait un sentiment de bien-être à nul autre pareil. Obtenir un droit de passage n’était pas un souci : elle avait par le passé rendu service aux elfes de la région et leur prince lui-même lui avait accordé l’accès aux anciens tunnels des nains – preuve insigne de sa reconnaissance, vu que les elfes n’étaient guère en bons termes avec les nains et préféraient laisser lesdits tunnels scellés. Ainsi ne perdit-elle pas de temps en fastidieux marchandages et se retrouva-t-elle bientôt à l’air libre des montagnes. Les neiges des Cimes l’accueillirent dans leur blanc manteau.

Couplet second

Glisse des ailes sous le tapis du vent

Faisant route au sud, elle atteignit le village de Nuagia en début d’après-midi. L’endroit était en général calme, mais en l’occurrence une certaine animation régnait sur la place principale. Un petit attroupement s’était formé autour d’un étal provisoire.

Quelque camelot de passage, songea Rayna.

La curiosité la poussant, elle s’en approcha, et se figea en découvrant la personne qui tenait l’échoppe improvisée. Sa longue chevelure était blanche comme la neige des Cimes, et ne dissimulait que partiellement des oreilles qui s’élevaient en pointe.

Une drow ! Ici ?

La boutique de l’elfe noire n’en semblait pas moins bien achalandée. En fait, elle paraissait remporter un vif succès auprès d’aventuriers de tout poil. Prêtant l’oreille, Rayna entendit le premier – un guerrier, de toute évidence – demander à la drow si elle aurait quelque chose lui permettant d’augmenter sa force et les dégâts qu’il infligeait. Le second, qui avait tout d’un rôdeur, s’inquiétait d’accroître son agilité et d’éviter les mauvais coups. La troisième, qui devait être une nécromante, cherchait un moyen de diminuer la vitalité de ses proies. Un autre cherchait un moyen de réduire la fatigue en combat. Bref, il y avait toutes sortes de demandes et la drow semblait trouver à chaque fois ce qui conviendrait à chacun. Devant elle reposaient un certain nombre de fioles et de flacons aux couleurs étranges et au contenu indéfinissable, et c’était cela qu’elle vendait aux badauds. Rayna eut une grimace désapprobatrice.

Comment peuvent-ils faire confiance à une drow ! Ses potions ne doivent valoir guère mieux qu’une tisane. Pire, elles pourraient être empoisonnées...

Interpellant une habitante du cru qui passait sur la place, elle demanda de qui il s’agissait.

« Mais de Damoiselle Ayflesh, voyons. C’est une hermésiste réputée.

- Mais... c’est une drow.

- Oui, c’est sûr qu’elle n’est pas d’ici à l’origine, mais notre belle Aéris est devenue sa patrie de cœur. Elle a beau résider sur Melrath Zorac, elle revient ici régulièrement et nous propose ses philtres magiques ainsi qu’un tas d’autres choses que l’on ne trouve pas par ici.

- Vous faites confiance à une étrangère ? protesta Rayna, abasourdie.

- Si j’en juge par votre accent, pas plus que vous, ma petite, pas plus que vous. Et même plutôt moins, vu qu’elle a su se faire accepter ici. Quant à la confiance, je dirais qu’elle ne nous a jamais donné motif de regretter de lui avoir accordé la nôtre. »

Et la commère planta là une Rayna qui n’en revenait toujours pas.

Couplet troisième

Vol dans les hauteurs

Finalement, tiraillée entre des sentiments contradictoires, elle se rapprocha avec méfiance de l’étal et demanda à l’elfe noire ce qu’elle aurait à lui proposer pour tuer un monstre dangereux. Celle-ci la considéra un moment puis finit par lui désigner une potion.

« Une potion amplificatrice de force. Cela pourrait vous permettre d’en finir plus rapidement avec votre adversaire. Sinon je peux vous recommander une mixture résistante : cela minimisera les éventuelles blessures que vous subiriez...

- Hmmff. Et quel prix en demandez-vous ? » fit la chasseuse d’une voix peu amène.

Lorsque la drow lui annonça la somme, Rayna s’assombrit encore davantage. Elle ne s’était encombrée que de peu d’or, et n’avait pas de quoi régler l’une ou l’autre de ces potions. Ce fut alors qu’elle remarqua une fiole bien singulière sur l’étal : d’une dimension très supérieure aux autres, elle était emplie de liquide d’un bleu céruléen.

Comme si la drow avait su mettre un peu de ciel en bouteille...

Cette couleur en particulier la fascinait. Elle n’osa même pas demander combien pouvait coûter un philtre pareil. Profitant de ce que l’elfe noire, en train de répondre à la question d’un énième client, ne lui prêtait plus attention, la main vive et adroite de Rayna fit disparaître la flasque céleste dans sa besace. Et sans demander son reste, elle quitta le village.

Rayna ne s’arrêta que lorsque les toits du village furent hors de vue. Alors, s’assurant qu’elle était seule, elle s’assit et extirpa de son sac le fruit de sa rapine. Elle resta à en admirer l’extraordinaire teinte de lapis-lazuli pendant de longues minutes. Le flacon était bien pourvu d’une étiquette, mais celle-ci portait seulement quelques mots en langue drow. Rayna ne pouvait donc savoir de quoi il s’agissait au juste, mais peu lui importait au fond. Elle n’avait pas l’intention de s’en servir. Elle se contenterait de savoir le philtre près d’elle, et de le contempler à l’occasion. Elle enserra donc son larcin dans son sac et se remit en route.

Couplet quatrième

Au dessus des capitales... des idées fatales

Guidée par les témoignages des autochtones et de quelques chasseurs, Rayna parvint bientôt devant un talus autour duquel le monstre qu’elle cherchait avait été fréquemment vu rôder. Elle se mit donc en devoir de battre les taillis avoisinants et d’explorer la moindre caverne, la plus modeste ouverture dans la roche. Tant et si bien qu’elle ne fut pas longue à percevoir des pas dans les feuilles mortes – furtifs mais pas assez pour son ouïe exercée. Elle pivota, l’épée bien en main.

Juste à temps pour parer un premier assaut, soudain et brutal, d’un monstre aux crocs aigus.

Alors que Rayna se dégageait, le Croloup, car c’était lui, rompit et bondit hors de portée en un instant. Les deux adversaires tournèrent lentement l’un autour de l’autre, se jaugeant de longs instants. Ce fut la chasseuse qui mit fin à l’observation. Elle courut sus au monstre, dans un cri de bataille. Le Croloup répondit par un grognement rageur et se rua droit sur elle.

Le combat allait durer.

Rayna avait indéniablement pris l’avantage, la fourrure de la bête l’attestait : zébrée de multiples entailles, elle était ensanglantée à tel point que l’on se serait attendu à la voir trépasser sans délai. Mais cela aurait été méjuger la formidable vitalité du monstre. Criblé de coups, il en était à peine ralenti. Juste plus enragé.

La chasseuse avait néanmoins pris la mesure de son adversaire, et elle savait qu’elle ne faisait pas face à un être intelligent, ou un démon pétri de ruse, juste un monstre dominé par ses instincts animaux et meurtriers. Tant qu’elle gardait la tête froide, elle aurait le dessus. Elle se répétait les enseignements de son aître d’armes pour focaliser son attention.

Ne pas se découvrir. Eviter les coups puissants. Bloquer les coups rapides. Exploiter les ouvertures pour contre-attaquer. Attendre son heure. Affaiblir l’adversaire. Ne pas le sous-estimer. Ne pas lui offrir la victoire.

En revanche, Rayna avait un peu perdu de vue son environnement immédiat. Il faut préciser qu’elle ne s’était jusqu’alors jamais battue sur les hauteurs d’Aéris, qui peuvent s’avérer dangereuses : parfois, le moindre faux-pas vous est fatal. La chasseuse, en reculant, posa le pied un peu trop au bord du précipice qui côtoyait le repaire du Croloup, et faillit y glisser. Elle se rattrapa de justesse, mais dut pour cela mettre un genou à terre. En un instant, le Croloup, tous crocs dehors, fut sur elle.

Rayna parvint à bloquer l’assaut mais le monstre n’allait pas la lâcher pour autant. Et si la jeune femme était vigoureuse, elle comprit de suite qu’elle ne pouvait pas rivaliser avec la force animale de son assaillant. Tout en maintenant son coude gauche sous la mâchoire de la bête, elle tâtonna de la main droite à la recherche de son épée qu’elle avait dû lâcher dans sa chute. Elle ne la trouva point mais ses doigts se refermèrent sur un objet plus mou.

Ma besace !

Pas l’arme espérée, certes, mais cela valait mieux que rien. Aussi fort qu’elle put, elle frappa le monstre sur le côté de la tête. Le Croloup grogna de plus belle mais ne la lâcha pas. Alors qu’elle récidivait, le monstre choisit néanmoins de se détourner de sa gorge pour mordre l’arme improvisée. Lorsque ses puissantes mâchoires se refermèrent sur le tissu, elles le lacérèrent, mais un bruit inattendu retentit aux oreilles de Rayna : du verre qui se brisait. Presque aussitôt, elle vit un liquide bleu dégouliner des babines retroussées de la bête.

La potion de la drow !

Le breuvage ne parut pas être du goût du Croloup, car celui-ci toussa, cracha et bondit en arrière, se mit à râler... puis déguerpit sans demander son reste. Rayna avait mis ce répit à profit pour se relever et retrouver sa lame, mais cette fuite ne faisait pas son affaire.

Il me faut mon trophée, pour Kletor !

Alors elle se lança sur la piste sanglante laissée par la bête.

Couplet cinquième

Plus loin que la nuit et le jour

Le Croloup la fit cavaler un long moment mais il ne pouvait prétendre la semer vu l’état dans lequel il se trouvait : même Gilbert Montagné (un célèbre troubadour Aéride) aurait pu suivre ses traces. Rayna le découvrit au détour d’un bosquet, pantelant. Le Croloup tourna vers elle son regard toujours féroce.

Rayna s’approcha prudemment. La victoire était à portée de main mais une bête blessée pouvait s’avérer dangereuse. Et puisque le monstre avait renoncé à fuir, elle s’attendait à un retour d’agressivité... qui ne vint pas. A son grand étonnement, Rayna parvint à l’approcher jusqu’à se trouver à bonne portée pour un coup d’épée. Alors elle frappa.

Et ne fendit que l’air.

Le Croloup s’était jeté en arrière, esquivant le coup. C’était une nouveauté : jamais Rayna ne l’avait vu réagir de la sorte. Jusque là, la bête avait encaissé les coups, s’en souciant comme d’une guigne. La chasseuse renouvela son attaque mais, là encore, le monstre se déroba. Ce qui provoqua un froncement de sourcils du côté de Rayna.

Il ne fuit pas, il ne se bat pas... que diable fait-il ?

La troisième attaque ne toucha pas davantage sa cible. Rayna n’eut pas plus de chance lorsqu’elle tenta une botte destinée à prendre l’adversaire à contrepied. Alors, quelque peu exaspérée, elle bondit en avant et tenta une frappe aussi large que puissante, pour en terminer. L’épée frôla sa cible mais l’attaque eut surtout pour effet d’écarter la garde de Rayna – trop pour son bien.

Alors le Croloup frappa comme la foudre.

Ses griffes labourèrent le bras d’arme de Rayna, trop exposé, ce qui la fit lâcher son épée. Continuant sur sa lancée, la bête alla pour la mordre à la gorge, ce qui la conduisit à rejeter la tête en arrière, mais au dernier moment, le monstre plongea en avant pour refermer ses mâchoires sur sa jambe. Une attaque inattendue qui laissa une profonde morsure.

Désarmée et ralentie par cette blessure, la position de Rayna devenait pour le moins hasardeuse. Elle allait encore s’aggraver, lorsque le Croloup se détourna d’elle pour aller ramasser l’épée qui gisait au sol. Devant les yeux écarquillés de Rayna, il la levait, la regardait avec attention, la brandissait à deux mains... et d’un bond, vint sur la malheureuse pour lui passer sa lame à travers le corps.

Nul ne retrouva jamais la dépouille de Rayna.

La seule trace qui fut dénichée, ce fut une flasque de verre brisée, non loin de l’antre du Croloup. L’étiquette qui y était apposée annonçait en langue drow : grand élixir d’amplification mentale. Ce puissant philtre, destiné aux adeptes de la magie désireux d’accroître leur puissance, affûtait les sens et l’esprit, de façon temporaire. Involontairement consommée par le Croloup, elle avait développé son intelligence bien au-delà de celle d’un simple animal. Et ses effets qui n’étaient normalement que temporaires se révélèrent permanents sur l’organisme du monstre. Dans les temps qui suivirent, les méfaits du Croloup redoublèrent, chacun témoignant de la ruse largement accrue de la créature diabolique qu’elle était devenue.

Ainsi prenait fin la ballade de Rayna. Nul ne sut jamais quelle sœur généreuse elle fut pour Kletor : toujours elle avait œuvré pour lui et offert à son frère tous les honneurs liés à ses faits d’armes. Car les plus grands héros sont les plus discrets.

Couplet dernier

Voyage, voyage... et jamais ne reviens

Puisse le triste sort de la dévouée Rayna

Ne pas décourager vos nobles gestes mais

Vous garder à l’esprit la primordiale loi

Qui dit : ‘Bien mal acquis ne profite jamais’.

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Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
Ah.. te voilà Rayna...
Sais-tu que tu es une personne très spéciale? Un étrange destin t'attend. Mais pourtant, on se souviendra longtemps de toi pour ta persévérance.
Pour le moment, je t'observe. Te voilà aux portes de la ville de Melrath Zorac, avec ton épée dérobée à ton frère. Crois-tu vraiment que le subterfuge que tu souhaite mettre en place fonctionnera? Qu'on fêtera ton frère en héro du jour au lendemain?
Sans te poser ces questions, tu continue ton chemin, ton chemin qui t'amène lentement vers moi.
Tu prends le chemin du sud, celui qui te mène par la forêt. La forêt qui sera bientôt ton tombeau.. mais pour l'heure, les elfes bienveillants de la nature te laissent passer, ils te connaissent et ignorent les sombres desseins qui t'animent.
Il est tard. Tu marche longtemps, et moi, je bois un bon verre de vin en t'observant.
Enfin tu te repose un peu, juste quelques heures, pour attendre l'aube et prendre les tunnels nains qui te ramèneront chez moi. Quand tu finis par déboucher sur Terra, j'ai déjà vidé quelques amphores, mais cela fait longtemps que l'alcool n'a plus d'effet sur moi. Seule la gaieté reste! J'an aurais presque envie de danser, mais le coté tragique de la suite de ton histoire m'en empêche.
Tu es brave Rayna. Tu as cherché la bête pendant de longues heures, questionnant les gens que tu rencontraient, évitant les troncs géants qui te mettaient en garde. Obstinée, tu t'entête dans tes espérances vaines et moi, je ne peux rien faire.
La bête t'as sentie, elle a surtout sentie ton hostilité. Lorsque tu brandie pour la première fois ton épée, sais-tu déjà que ce loup est plus fort que toi?
Avec courage tu entame les dernières minutes de ton existence. mais pour quelques poils arrachés à sa peau c'est une longue entaille au bras que tu obtiens. Je sais que tu ne renoncera pas, je sais déjà tout, alors je bois un dernier verre en ton honneur. J'aime ta bravoure, l'espoir acharné que tu met dans chacun de tes gestes.
Pourquoi fais-tu cela Rayna? Si ce Croloup est ici, si je lui ai fourni une telle force, c'est bien pour tester la vaillance de mes sujets mais aussi pour leur apprendre la patience, car il faut du temps pour devenir fort, comme la vigne grandit lentement sous le soleil, ou comme le bon vin mûrit de longues années avant de se déguster.
Tu aurait du attendre Rayna. Attendre d'être plus forte ou attendre que ton frère se libère de ses peurs.
Maintenant, il est trop tard. Le Croloup vient de te jeter à terre sous le poids de sa masse chaude et poilue. Ses griffes te transpercent les entrailles et il s'empare de ton arme, l'arme de ton frère, tandis que tes cris d'agonie résonnent dans la forêt.
Les arbres accueillent tes plaintes et s'en nourrissent. Ton âme fera désormais partie de cette forêt.
Viens Rayna, suis la lumière... je suis là.
Je suis Fimine, et je vais t'expliquer ta propre histoire. Assied-toi donc et bois ce verre de vin...
Tu as tout ton temps désormais!

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Thelyisse: Simple et efficace. Tellement que je n'ai pas réussi à en décrocher !

Yuwena: Hormis l'histoire non-raconté dans le présent, un RP que j'ai beaucoup aimé aussi !

Frenchouf: Un point de vue intéressant, mais un départ à la fin du RP avec l'épée, alors qu'il ne fallait pas interagir avec !

Aon Duine: Intéressante idée du travestissement, donnant plus de profondeur à l'acte de Rayna, j'aime beaucoup !

Ignis: Un texte que j'aime beaucoup, avec un point de vue et une façon de raconter qui me plaît !

Yuwena poème: Une forme très intéressante d'écriture, tout en simplicié mais diablement efficace !

Hephaistos: L'un des RP les plus complets ! Long mais tellement plaisant à lire, dommage pour la petite erreur sur les origines de Rayna !

Fiathen: Un effort d'histoire peu commune, un grand bravo pour l'idée !

Ginji: Une double histoire, dont la fin somme comme un couperet qui tombe lentement au fur et à mesure de la lecture du côté Croloup. Magnifique !

Suyvel Ayflesh: Un gros gros gros -1 pour m'avoir mis Desireless en tête angry.png Et plus sérieusement, une rencontre très intéressante à lire, et une explication inattendue sur le gain de puissance du Croloup que j'affectionne !

Selene: Une façon de raconter l'histoire qui me plait !





Bref, bref, bref, je dois vous départager ...
Comme d'habitude, la tâche n'est jamais simple. je vais allez à l'essentiel alors:

La gagnante est Suyvel Ayflesh !
Et la seconde gagnante est Yuwena, avec son poème que je désire reprendre en tant que chanson imaginé par les troubadours après ne jamais avoir retrouvé Rayna. ( L'important avec les chants de troubadours ne sont pas tant leurs véracité exacte, mais le sentiment qu'il essayent de faire ressentir, et je trouve ce petit poème totalement adapté pour cette utilisation ) Si celle-ci est néanmoins d'accord avec ceci !

J'offre donc à chacune des deux la fameuse récompense de citer leur RP dans le RP globale qui va en découler, ainsi que de 150 Pc chacune et 50.000 Po pour Suyvel, et 7.000 Pour Yuwena. cependant, je tiens à récompenser tout le monde pour vos efforts, alors voici le reste des récompenses:

- Thelyisse et Hephaistos: 250 Pc et 500 Pe chacun, étant chacun très très proche de la victoire !
- Ginji: 200 Pc et 400 Pe
- Frenchouf, Aon Duine, Ignis, Fiathen et Selene: 100 Pc et 350 Pe




Bravo à vous !




Le prochain concours dans quelques jours, j'espère que vous aimez les tables rondes ...

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