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Terre des Éléments

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Je m'étais souvent demandé quelle serait ma mort. Mille dangers me guettaient… lequel m'emporterait en premier ? M'éteindre paisiblement, j'avais déjà fait une croix sur l'idée. J'étais trop important, trop dangereux, trop haït, trop peu prudent aussi. A force de jouer de rôles pour survivre, paradoxalement, je n'avais jamais vraiment vécu… Alors, difficile de trouver l'importance de ce que l'on connaissait si mal, de vouloir vraiment la protéger. Ce qui m'animait, ce n'était pas la soif de vivre, mais celle de valeurs : sacrifier l'individu pour le bien commun, sauver l'humanité de la chute malgré elle. Par bonté, ou par absence d'autre objectif ? Question insolvable. Mais le résultat, c'est que je préférais la lutte à ma survie, ce qui compromettait cette dernière… et finirait forcément par me l'ôter.

 

Mais comment ? Par un apôtre des Quatre éliminant l'adversaire ? En face à face ou par assassinat ? Un ancien ami se sentant trahi, finissant par me tuer ? Par un monstre, peut-être même ? Contre un ennemi tel l'Architecte ? Par un avide de pouvoir se voulant régicide ? Je ne comptais pas me laisser tuer, bien sûr. J'avais encore beaucoup à faire. Mais… je n'étais pas un surhomme, loin de là. Juste un pragmatique plutôt débrouillard et doué avec les mots.

 

C'était ainsi que je voyais ma fin. Assassiné, pour mes valeurs. Peut-être était-ce présomptueux…

 

********************************************************

 

Cela faisait longtemps que le Régent n'avait plus été vu, ou seulement épisodiquement. Il s'enfermait dans son laboratoire, semblant travailler jour et nuit. Qu'y faisait-il ? Une nouvelle sorte de bombe ? Mais quel type d'explosif pouvait à ce point prendre son temps ? Une bombe biologique ? Sélective ? De quelle puissance ? Capable de détruire une forteresse, un temple ? Les ennemis de Niue devait-il craindre le résultat de ces recherches, ou se réjouir de voir l'un de ses adeptes perdre ainsi son temps ?

 

Et un jour…

 

Une explosion, en pleine nuit, réveilla la ville entière. Venant du laboratoire du Régent… de la fumée, des flammes, des débris partout. Les premiers réveillés se précipitèrent, précédés cependant par les gardes ; les uns curieux, les autres sonnés, les derniers inquiets. Ou peut-être un peu des trois pour chacun. Ils n'imaginaient pas réellement, cependant, que l'incident eut emporté l'artificier. Ce serait tellement… absurde. Inattendu. Surréaliste. Même ses plus francs détracteurs n'osaient l'espérer.

 

Pourtant, quand ils arrivèrent, ces idées fantasques se concrétisèrent. Au centre du bâtiment… un corps explosé, des vêtements verts en lambeaux, des ingrédients pour bombe disséminés.

Ce fut brutal. Les premiers témoins crurent à une plaisanterie. Ou à un rêve, ils ne s'étaient pas réellement réveillés. Mais quand l'alerte fut donnée, ces illusions ne purent que se dissiper : l'incident était réel.

 

Peu se contentèrent de la théorie de l'accident, pourtant confirmée par bien des experts ayant examiné le corps. Un assassinat, affirmaient les uns. Une mise en scène pour feindre la mort du rôdeur, suggéraient les autres. Un suicide, osaient des troisièmes. Les dieux eux-mêmes qui avaient fait exploser la bombe, murmuraient les plus pieux. Mille suppositions naissaient, parfois si loufoques qu'on les eut crues nées de l'esprit d'un enfant, pour le meilleur et le pire, par espoir, par crainte, par haine, ou simplement parce que les gens étaient incapables d'imaginer une mort aussi hasardeuse…

 

Et pourtant. L'erreur est humaine, tout simplement. La fortune, bonne ou mauvaise, existe. Les morts absurdes aussi. Un certain laxisme dans les mesures de protection par impatience d'arriver au bout de l'expérience, une erreur de dosage provoquée par la fatigue, un mouvement maladroit dans un vertige soudain…

 

 

Il n'existe pas de grands destins. Seulement des masques dont se revêtent les "grands hommes", ou que le peuple leur applique d'eux-mêmes, qui donnent à ces êtres une aura presque divine. Mais ils ne sont que des humains aussi. Et c'est en faisant voler en morceau ce dernier masque que Noeleroi, dont nul - et pas même lui - connut le vrai visage, mourut…

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