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Terre des Éléments
Yteyk Amris

Aux racines du Bien et du Mal

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A l'automne de l'an de grâce 42 après le Cataclysme, quelque part dans la forêt sombre de Kiar Mar.

Un cri de douleur déchire le silence profond de la forêt. Une sonorité indéniablement féminine. Les douleurs de l'accouchement, ce patrimoine commun à toutes les mères de la Terre.

Rapprochons-nous, pour observer de plus près ce qu'il se passe. Filons, tel le vent, entre les sapins et les hêtres, survolons le tapis d'humus et de feuilles mortes, évitons les rochers et les ravins, restons invisibles, inaudibles et inodores pour ne pas causer le courroux des habitants de la forêt.

Et, au bout de notre course silencieuse à travers les arbres vénérables, arrêtons-nous aux abords de la chaumière qui occupe le centre de la clairière. A ses rares fenêtres, on aperçoit la lueur dansante des chandelles, seules spectatrices du calvaire de leur propriétaire.

Restons, pudiquement, là où nous sommes, témoins invisibles de la naissance d'un enfant. Un enfant? Un premier vagissement retentit en effet, signe d'espoir s'il en est. Mais les cris de la femme reprennent rapidement, prenant le dessus sur ceux de l'enfant nouveau-né. Peut-être a-t-elle souffert de lésions?

Après quelques minutes, un nouveau vagissement retentit. Tout s'éclaire : deux jumeaux viennent de naître, sous la pleine lune. Aux cris, succèdent des pleurs : des enfants sortis du ventre maternel et arrivés au bout du chemin dans un monde sacrément hostile, et de la mère, soulagée de son fardeau et de sa peur, qui laisse éclater sa joie d'avoir mis au monde, victorieuse dans l'adversité, les fruits de ses entrailles.

Laissons là les trois acteurs de cette nuit agitée, et retirons-nous discrètement, comme nous sommes venus. Epilogue heureux?

Il semblerait...

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A l'été de l'an de grâce 52 après le Cataclysme, au même endroit.

Les années ont passé. Les deux jumeaux que nous avons vu naître sont désormais des enfants d'une dizaine d'année. Allons donc, par curiosité, leur rendre visite.

A nouveau, reprenons le chemin de la chaumière, silencieux comme il y a dix ans, et tout aussi imperceptible.

Arrêtons-nous un peu plus loin cependant, afin de ne pas troubler la quiétude de la petite famille.

Au détour d'un bosquet, voilà la chaumière. Autour de celle-ci, une petite clairière, dans laquelle deux enfants jouent. De loin, ils paraissent en effet ressemblant, mais rien de certain. Les deux s'amusent, de concert, dans cette entente parfaite qui semble caractériser les couples de jumeaux depuis la nuit des temps. Une complicité que beaucoup leur envient... Sans en connaître la teneur exacte. Pari souvent risqué que celui-là...

A l'intérieur de la maison, on aperçoit par instants, passant derrière la fenêtre, une jeune dame, selon toute vraisemblance la mère des deux bambins. Celle-ci paraît s'activer aux fourneaux - bien grand mot pour ce que doit être la cuisine de cette humble bâtisse, préparant à ses deux enfants le repas copieux dont ils auront grande envie après s'être dépensés sans compter.

Au bout d'une dizaine de minutes, vous entendez la jeune dame appeler :

" - Karnak! Jaidao! "

A l'appel de leur mère (ou de leur estomac, allez savoir...), les jumeaux abandonnent leur jeu dans l'instant, et se précipitent à l'intérieur, avides d'une nourriture revigorante.

Laissons-nous un instant distraire par la forêt, le temps de leur repas... Sur la droite, on peut entendre le son serein d'un torrent s'écoulant sur les galets qui composent son lit, alors que sur la gauche de légers froissements permettent à la personne attentive de déceler la présence de petits animaux. Derrière, par contre, aucun sens, pas même la vue, ne laisse appréhender quoi que ce soit, autre que les arbres semblant s'étendre à l'infini. Devant, c'est la clairière, dans laquelle viennent de réapparaître les deux garçons, sous le doux regard de leur mère attendrie.

Tendons l'oreille... N'est-ce pas là le bruit d'un cheval approchant? Non, ils sont plusieurs, trois ou quatre. Esquivons-les, par prudence.

Ils approchent de la demeure forestière, ils sont trois. Deux hommes et une femme. Tous trois vêtus de longues robes d'un blanc immaculé malgré le trajet qu'ils ont effectué, ceinturés de pourpre, et tous trois porteur d'un diadème éclatant, du même ton pourpre que leurs ceintures.

Des Académiciens...

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A l'été de l'an de grâce 52 après le Cataclysme, au même endroit.

La scène, éclairée d'un jour nouveau, prend un tournant dramatique. L'issue, fatale, apparaît déjà comme un déchirement, et le regard anxieux de la jeune mère de famille vers les nouveaux arrivants en dit long.

Ces derniers, arrivés à la porte de la chaumière, mettent pied à terre. Cérémonieux, ils s'inclinent devant la jeune femme qui leur rend un sourire crispé, puis le plus âgé des deux hommes prend la parole :

« - Madame, nous venons de la part de l'Académie. Il a été dit que nous trouverions ici deux enfants aux grands destins. L'Académie se chargera de les élever, et d'en faire les Maîtres qu'ils doivent devenir. Comment se nomment-ils?»

La voix est douce, mais ferme, et ne laisse pas transparaître l'ombre d'une faiblesse. Le choix n'existe pas, quand l'Académie s'en mêle.

C'est d'une voix peu assurée que la jeune mère parvient à articuler les noms de ses deux jumeaux :

« - Karnak... et Jaidao...» dit-elle dans un souffle.

« - Madame, l'Académie prend dès cet instant en charge vos enfants, en son nom. Soyez assurée qu'ils seront choyés et réaliseront leur potentiel au mieux, parmi nous. Pouvez-vous les apprêter? Nous partons sur l'heure.»

Sans un mot, les larmes aux yeux, elle se détourne et rentre dans la maison avec ses deux enfants. Ce qu'il s'est passé, durant ces quelques minutes, à l'intérieur de cette paisible chaumière au milieu de la forêt, nul ne le saura jamais. Mais de ces instants, qui introduisirent profondément chez les deux enfants de terribles sentiments, d'une nature toute différente chez l'un et chez l'autre, dépendaient sans que personne encore ne le sache, le destin de tout un peuple...

Les deux enfants ressortent de la demeure familiale, avec dans les yeux d'étranges flammes. Trop habitués à ces scènes, les trois Académiciens ne remarquent rien, aveuglés par leur orgueil, oublieux des racines de leurs êtres. Chaque homme prit un des deux jumeaux devant lui, et les trois équidés s'élancèrent vers la forêt, presqu'au galop. Il s'agit de ne pas laisser chez les enfants de trop mauvais souvenirs de cet enlèvement à leur cocon familial. Car ils ont, désormais, une nouvelle famille.

L'Académie de Magie d'IssCaNak.

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Des années durant, au-delà des infranchissables Cîmes Enneigées, les deux jumeaux furent éduqués, élevés, par l'Académie. Ce qui se passe là-bas est également très mal connu, bien que quelques-uns en soient sorti, et aient raconté leur expérience. Mais, de ces faits narrés par bien peu, sont nés tellement de légendes et de mythes, que la vérité est enfouie bien trop profondément dans les strates des rumeurs et des on-dits que pour pouvoir en être extraite.

Jusqu'au jour où, à leur tour, ils devinrent des Académiciens. Alors, commença leur ascension au sein de l'ancestrale institution, jusqu'à ce que, après quarante ans de fidélité dévouée à leurs maîtres, ils deviennent tout deux, simultanément, Vice-Recteurs. Postes-clés, postes porteurs d'un immense prestige et d'un énorme pouvoir, postes convoités que ceux-là. Directement placés sous le Recteur, maître absolu de l'Académie et de ses vassalités, chacun dirigeait une aile de l'Académie. L'on dit - mais dans quelle mesure est-ce un fait et pas une légende... - que Karnak était Recteur de l'Aile Est, l'Aile des Novices, et Jaidao Recteur de l'Aile Ouest, l'Aile des Sages.

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Ici, et maintenant.

Hier, depuis toute la Terre des Éléments, une énorme explosion a été ressentie par tous, et par-delà les montagnes, l'on aperçut s'élever une boule de feu gigantesque. Par après, certains ont prétendu avoir vu s'affronter, haut dans le ciel, deux énormes boules d'énergies, l'une bleue comme la plus belle mer d'Aqua, l'autre d'un orange digne de la plus flamboyante coulée de lave d'Ignis. Ondoyant dans le ciel, tels deux serpents furieux, elles avaient fini par se téléscoper, semblant toutes deux être aspirées par l'autre, pour finalement disparaître de concert. L'instant d'après, l'explosion retentissait, et la boule de feu jaillit de la terre, grimpant à l'assaut du ciel, et rougissant l'air de sa chaleur intense.

Les rumeurs vont bon train... L'Académie, avec qui les contacts sont déjà rarissimes en temps normal, ne donne pas signe de vie. L'inquiétude grimpe. Que s'est-il passé, là-bas, dans le domaines des Hommes et des Femmes de Haute Magie?

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Ici, et maintenant.

Aujourd'hui, circule partout une rumeur folle... Dans toutes les maisons, aux tables de toutes les tavernes, les même paroles s'échangent :

Le Recteur Forialis est décédé il y a deux jours. Les élections pour choisir le nouveau Recteur parmi les Vice-Recteurs a porté au pouvoir le Vice-Recteur Jaidao. Celui-ci, lors de son entrée en fonction, a subi une tentative d'éviction du Vice-Recteur Karnak. Les deux hommes se sont affrontés lors d'un duel à mort, et il en a résulté la terrible explosion que nous avons aperçue. L'Académie est en ruine, les Académiciens morts, et nul ne sait ce qu'il est advenu des Vice-Recteurs. Sans doute sont-il morts, eux aussi, mais peut-être ont-ils échappé au carnage qu'ils ont causé... Karnak a sombré dans la folie, et son pouvoir s'en est trouvé décuplé. Il a choisi la voie de l'Ombre... puisse l'Unique nous venir en aide...

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Ici, et maintenant.

Par toutes les Divinités! Karnak est vivant, il semble s'être réfugié au coeur de la Forêt Sombre de Kiar Mar... De là nous parviennent d'alarmantes nouvelles. Les autochtones fuient la région, il semblerait que Karnak prépare sa revanche sur l'Académie...

Un message circule dans toute la ville, portés par des messagers du vent :

Habitants de Melrath Zorac, soyez sur vos gardes. L'ennemi est tapi dans l'ombre, hors de notre portée, et s'apprête à nous frapper durement quand il pensera l'instant propice. Karnak hait l'Académie, et vous hait aussi, vous que nous protégeons des sortilèges du monde extérieur depuis des millénaires. Il voudra détruire tout ce qui reste de l'Académie, et vous détruire au préalable, pour nous voir souffrir des souffrances qu'il vous infligera. L'Académie a survécu a sa première tentative, mais nous n'avons plus les forces pour l'affronter à nouveau, seuls. Vous devez réussir à contrer de vous-même sa prochaine attaque, pour nous laisser le temps de nous redresser et de reprendre le combat.

Habitants de Melrath Zorac, vous êtes tous de fiers combattants. Défendez chèrement votre vie, et soyez sûrs qu'à l'instant même où nous serons aptes à le détruire, nous porterons à Karnak le coup qui lui sera fatal.

Ayez confiance...

Jaidao, Recteur de l'Académie.

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Aux armes, citoyens de Melrath Zorac, aux armes!

Karnak vient d'invoquer trois terribles monstres, issus des plus basses sphères de la Création... Ils fondent en ce moment-même sur votre ville, arrivant de l'ouest et du sud-ouest. Répartissez-vous la tâche, attaquez-les avant qu'ils n'atteignent la ville, ou battez-vous au pied de vos remparts, mais repoussez ces horreurs incarnées.

L'Académie travaille d'arrache-pied à contrecarrer les sombres plans de Karnak, gardez l'espoir! Nous interviendrons aussi vite qu'il nous sera possible de réunir nos forces!

Jaidao, Recteur de l'Académie d'IssCaNak.

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Tout est dit.

Le drame est joué, le rideau s'est clos.

Entouré d'une nuée innombrable de combattants enragés, Karnak a cédé, deux fois. Sa puissance magique n'aura pas suffit à contrer la puissance des volontés, des courages, des déterminations et des coups des habitants de Melrath Zorac.

Incapable d'assurer sa promesse, Jaidao, le Recteur de l'Académie, n'a pas hésité à se sacrifier pour la tenir malgré tout, donnant à Melrath une unique chance de se sauver en venant à bout de son terrible adversaire.

Cette chance, ils ne l'ont pas ratée.

Désormais, l'Académie peut se reconstruire, partant sur de nouvelles bases, protégeant encore et toujours la Terre des Eléments des sortilèges extérieurs.

Que tous ceux qui sont tombés pour nous soient remerciés!

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