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Terre des Éléments
Ghost

l'eldorado des brigands

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Le soir tombe sur la forêt. Les derniers rayons du soleil perçent les feuillages pour réchauffer, quelques instants encore, l'humus qui tapisse le sol. La vie suit son cours, loin des péripéties des humains. Un daim surgit au détour d'un ruisseau, la tête dressée, en alerte. Après quelques secondes à l'écoute, rassuré, il se penche pour se désaltérer à l'eau fraîche qui coule sous ses pattes. Dans les arbres, deux oiseaux sont en pleine parade amoureuse, le mâle tentant de séduire sa dulcinée par un rituel ancestral. Au milieu des pépiements, des bruissements des feuilles et des pas légers des animaux sauvages, un bruit inhabituel retentit soudain.

Un bruit humain.

Une voix. Non, plusieurs voix, qui se font discrètes, discutant dans un murmure à peine perceptible. En tendant l'oreille, on peut entendre ce qu'il se dit...

« - ...ors, on n'a qu'à s'en tenir à nos vieux plans, comme d'habitude. Ni plus, ni moins.»

« - On a encore la possibilité de refuser, et tu le sais!»

« - Tais-toi. Nous n'avons qu'à tendre la main pour être riche. C'est une occasion comme on n'en rencontre qu'une dans une vie, et je compte bien la saisir. Compte pas sur moi pour me défiler!»

« - Ouais... N'empêche, moi je te dis, c'est risqué. J'veux pas crever!!»

« - Mieux vaut crever en essayant de devenir riche que de vivre comme des rats pendant des années! Tu t'imagines encore vivre dix ans comme maintenant, dans la forêt, cherchant à s'abriter des gens d'armes et à trouver quel nouveau larcin pourrait nous rapporter quelques sous? Très peu pour moi!!»

« - Grmmbl... J'te dis qu'on va tous crever!»

« - Arrête de râler, tu vas nous attirer la poisse! Viens, on y est presque.»

Le silence revient, laissant à nouveau entendre la nature s'exprimer, en sourdine, perturbée par l'arrivée intempestive de ces deux animaux situés au sommet de la chaîne de prédation. Les pas des deux hommes les mènent à la Clairière du Pendu, où déjà attendent une dizaine de personnes à l'aspect patibulaire. Là, les éclats de rire gras côtoient des chants païens, et les jurons pleuvent. Ici, la nature se tait, fuyant l'homme qui exprime là toute sa bassesse. De toutes les directions arrivent, dans un flux continu, des hommes supplémentaires, et la clairière se retrouve rapidement emplie de ces mécréants. Les conversations fusent.

« - Il paraît qu'il est né sur la Terre des Eléments, tu savais?»

« - Ouais c'est ça, et moi je suis Dieu incarné. T'as fini de raconter n'importe quoi, comme d'habitude ?»

« - N'empêche, moi je dis il a peut-être raison, qui sait...»

« - Qu'est-ce qu'on s'en fout... Allez sers-moi à boire au lieu de débiter des âneries!»

L'homme verse une grande rasade d'hydromel dans le verre tendu, puis vide le pichet dans son propre gosier. Il ponctue le tout d'un rot retentissant, pour bien marquer son appréciation de la boisson. Deux hommes en viennent soudain aux mains, à cause d'une sombre histoire de saucisson... Rapidement, ils sont séparés et le "calme" tout relatif revient.

Après quelques instants, un galop se fait entendre au loin. Le silence se rétablit, les hommes se redressent, leurs oreilles se tendent pour capter l'avancée du cavalier. Les cœurs accélèrent, les poings se serrent, les yeux fouillent la forêt à la recherche de l'arrivant inconnu. Dans les arbres, des archers encochent leurs flèches, et au sol les brigands dégainent sabres et épées. La tension se fait maximale...

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Entre deux sapins surgit soudain un cheval noir de jais, monté par un homme drapé d'une cape à la couleur indéfinie, quelque part entre le vert, le brun et le gris. Sa haute stature, ses larges épaules rendent une impression de force, mais ses mouvements dénotent d'un style que confère une haute ascendance. Le Prince des Brigands, son surnom lui sied à la perfection.

« - C'est lui! Tu crois qu'il est là pour ça? Tu crois que c'est le moment?»

« - Sans doute... Chuut, tais-toi, il va parler!»

Deux yeux brillent l'espace d'un instant, quand l'homme tourne la tête vers le soleil couchant. De sa main gauche, il abaisse sa capuche, dévoilant son visage buriné et marqué par la vie aux hommes qui l'attendaient. Son regard parcourt l'assistance, passant de l'un à l'autre, jaugeant et évaluant chacun à l'aune de sa valeur réelle. Les fieffés brigands réunis là, hommes sans foi ni loi, habitués à la bagarre, durs et violents, sont tous sous le joug de la volonté puissante qui se dégage de l'homme qu'ils se sont choisis comme chef. Devenus humbles et respectueux, ils écoutent attentivement les paroles qu'il prononce:

« - Compagnons!» La voix est chaude, empreinte d'une autorité qui se sait incontestable, pleine de l'assurance que donne l'expérience et une volonté farouche. Son auditoire, captivé, attend la suite.

« - Le jour est venu. Voilà des années que nous errons tous, dans nos coins respectifs, à la recherche de l'or qui nous rendra riches. L'heure de prendre notre part du gâteau est venue! Nos errances nous ont réunit, et nous ont amenés ici, aux portes de la Terre des Eléments. Devant nous, s'étend un territoire sans chef, sans armée, sans défense, plein de ressources naturelles à piller, d'or à voler, d'hommes à soumettre et de femmes à prendre. Pas de résistance, pas d'organisation. Nous avons avec nous la surprise, la puissance, la rapidité, la volonté. Ils n'ont pour eux que les remparts de leurs villes...Et encore ...»

Le ton s'enflamme, au fur et à mesure de son discours, alors que ses hommes sont suspendus à ses lèvres, vibrant avec lui dans la perspective de l'avenir qu'il projette devant leurs yeux. La foule s'anime d'un imperceptible mouvement de fond, l'excitation fait son apparition, les pensées se perdent dans un futur aux relents d'or, de pouvoir et de sexe.

« - Compagnons! Nous allons faire nôtres ces Terres! Vous n'avez plus qu'une bataille à livrer dans votre vie, la dernière, celle-ci! Ensuite, vous profiterez de vos efforts, de vos douleurs et de vos blessures! Chaque cicatrice vous sera remboursée au centuple! Aux armes, compagnons, aux armes et piller tout ce qui peut l'être !!!»

En achevant, dans un long cri, sa phrase, il lève son poing qui serre une dague aux milles éclats de lumière. C'est un hurlement de rage et de joie concentrée qui lui répond, des bras qui se lèvent, des armes qui pointent vers le ciel, dans un accès collectif de folie guerrière, des gorges qui se tendent pour laisser éclater leur hargne. Le Prince des Brigands a réuni son peuple, l'a galvanisé, l'a concentré tout entier sur un seul et unique objectif. Leur horde est plus puissante que jamais, plus déterminée et plus sanguinaire que le pire cauchemar jamais rêvé.

Un instant, ses pensées s'égarent, revenant quelques années en arrière.

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Il avait la fougue de sa jeunesse, l'allant des braves et l'intelligence des sages. Né d'une haute famille, il s'en était rapidement défait, porté par des envies profondément ancrées d'aventures et de crimes, emportant avec lui l'assurance que donne le sang et d'appréciables quantités de pièces d'or - de quoi se lancer convenablement dans les affaires. Ses méfaits lui rapportaient de quoi vivre, mais sans plus. Puis un jour, il s'en souvient encore, il croisa la route d'un autre voleur, qui s'enfuyait après avoir commis son larcin. Il le cacha, lui épargnant de subir la colère de ses poursuivants, et s'assurant ainsi de son soutien indéfectible. L'homme fut le premier d'une longue série de compagnons qui marchèrent à ses côtés sur les chemins du crime, gonflant ses suivants en leur faisant miroiter l'appât du gain.

En quelques années, il était devenu puissant comme un Prince, et sa réputation dans la communauté tumultueuse des malfrats n'était plus à faire. Craint, respecté, jalousé, presque déifié parfois, il était devenu le Prince des Brigands. Charismatique, malin, rusé, son empire reposait sur une seule base : l'or. C'est sa richesse qui payait la fidélité de ses hommes, et elle semblait inépuisable. De facto, des années de rapines avaient constitué une réserve considérable d'or, de pierres précieuses et d'objets en tout genre, qu'il avait minutieusement entreposé à chaque étape de leur péripétie dans une grotte .

Peu à peu, symboliquement, il remit à chacun de ses hommes une clé pouvant donner accès à leurs coffres. Il leur montrait ainsi sa confiance, leur donnant la possibilité de s'emparer de toutes ces richesses. Mais ayant jalousement gardé le secret de l'emplacement, seuls quelques initiés savaient où elle était. Et même si quelques égarés se retrouvaient devant l'entrée par hasard, ils étaient vite reconduit. Il fallait montrer patte blanche pour rentrer dans la cache et seuls les brigands pouvaient y rentrer, ils savaient se reconnaitre entre eux. Les risques que prenait le Prince des Brigands étaient minimes. Son empire s'était construit ainsi, au fil des années, des vols et des meurtres... La grotte de Ners-Akhan n'était pas prête à livrer son trésor, il y veillait depuis longtemps.

Le vol d'un oiseau noir dans le ciel le ramena brusquement à la réalité.

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« - Compagnons! Nous attaquerons la Terre des Eléments de partout à la fois, l'encerclant et l'empêchant de chercher des renforts à l'extérieur! Ils ne pourront compter que sur leurs maigres forces pour nous affronter, et elles ne nous poseront guère de problèmes. Soyez rusés comme des renards, jaillissez à l'improviste pour frapper, disparaissez aussi vite, observez vos ennemis pour atteindre leurs points sensibles. Soyez forts pour les blesser et les tuer sans pitié! Nous répartirons nos forces quand nous serons sur place...»

Un instant de silence. Un ange passe, le moment est ressenti intensément par tous les hommes présents. Même la nature s'est tue une fraction de seconde, comme si elle aussi ressentait la force de l'instant...

« - En avant!» Son cheval se cabre, impressionnant de force et de pouvoir, les yeux brillant en écho aux paroles de son maître...

Un seul mot d'ordre, qui retentit dans la forêt. Et soudain, en un instant, la marée humaine de voleurs, brigands, malfrats et tueurs déferle dans un même rugissement sur la malheureuse Terre des Eléments. De tous côtés, de derrière chaque arbre, d'entre tous les buissons, surgissent des crapules armées jusqu'aux dents, la haine au ventre, l'appât du gain à l'esprit, toutes prêtes à en découdre pour s'assurer un avenir de roi.

Sur les montagnes alentours, et les forêts qui les recouvrent, surgit soudain dans le couchant un arc-en-ciel, qui emporte les hommes plus loin dans leur foi aveugle en leur chef, et dans leur rage. Ils foncent droit devant eux, vers nos villes et nos villages, nos femmes et nos enfants...

Bientôt, ils apparaîtront et disparaîtront comme des fantômes, frappant un coup avant de s'abriter, vifs et sournois, rusés et fourbes.

***

« - Ils approchent...»

« - Ils sont des centaines!»

« - Ils ont déjà ravagé des royaumes entiers...»

Dans toute la Terre des Eléments, la rumeur enfle, les premiers signes avant-coureurs de la catastrophe qui court droit sur eux se font sentir. Une horde de tueurs assoiffés de sang et d'or approche, à chaque instant un peu plus. L'équilibre fragile qui régit leur vie est sur le point d'être rompu. D'ores et déjà, les Maîtres des Eléments se sont réunis, pour faire face à la menace commune. Ils ont pris une première décision : les Luttes Sépulcrales sont suspendues, le temps de venir à bout du péril qui les guette. Chaque guerrier, chaque magicienne, chaque nécromant, chaque rôdeuse est nécessaire à la défense de sa ville, et aucune énergie ne devra être gaspillée inutilement. Chaque élément défendra son territoire, avec acharnement, jusqu'au dernier.

Quant à Melrath Zorac, les Maîtres n'ont aucune prise sur ses habitants à demi-sauvages. Qu'ils se débrouillent...

Dans le combat terrible qui attend tous les habitants de la Terre des Eléments, ce ne sont pas les Dieux, ce sont les Hommes qui feront acte de bravoure ou de lâcheté, qui seront forts ou faibles, et qui décideront de leur destin : libres ou esclaves. L'Histoire, la grande, est faite de petites décisions individuelles. Les habitants de toutes les villes de la Terre des Eléments sont face à leur avenir, à eux de faire les bons choix pour survivre, seuls face à la barbarie et la cruauté...

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Après cinq jours de déferlements successifs sur les villes de la Terre des Éléments, les brigands sont à bout. Épuisés par la défense inébranlable des habitants de cette contrée sans armée, dépouillés de leurs propres butins bien plus que pilleurs des richesses qu'ils convoitaient avec ardeur, et souvent plus morts que vifs - voire morts tout court -, ils n'ont plus qu'une envie : retrouver leur quiétude habituelle, loin des idées mégalomanes et suicidaires d'un Prince dont ils n'ont plus que faire.

Et ils le disent haut et fort à ce dernier :

« - C'en est assez! Nous rentrons chez nous!»

« - Ouais, marre de mourir pour se retrouver plus pauvres encore qu'avant!»

« - Je vous l'avais dis, moi, que ça finirait comme ça...»

« - Toi, le porte-poisse... Et, Môssieur le Prince, où sont les deniers que tu nous avais promis? Hein?»

« - Oui c'est vrai ça, où sont nos pièces d'or???»

« - Et nos femmes?»

Rapidement les interpellations deviennent inaudibles, se fondant dans la masse des réclamations que chacun des rescapés hurle de toutes ses forces. Debout sur une souche, le Prince des Brigands semble perdu, les yeux dans le vague.

Son rêve est mort-né. Il n'y aura pas de patrie des brigands, il n'en sera pas le Prince. Il n'est qu'un petit chef, vaincu par des idées trop grandes pour lui. Tout autour de lui, son monde s'écroule. Il n'entend plus les huées qui se font plus insistantes, les cris plus furieux.

Il ne se sent pas emporté par la foule en colère de ses hommes, autrefois si dévoués. Il ne voit pas la corde passer autour de la branche, le noeud coulant se dessiner, pas plus qu'il ne sent quand on la lui passe autour du cou.

C'est quand, brusquement, les deux hommes qui le soutenaient s'écartent que la réalité refait surface à son esprit.

Juste le temps de penser au courage et à la force des braves qui ont défendu leurs villes avec tant de brio, avant qu'un voile noir vienne mettre fin à la terrible épopée...

Délaissant le corps pendouillant de l'homme qu'ils suivirent aveuglément, les brigands, leur colère apaisée, reprirent leurs affaires éparses, comptant les rares deniers qui leurs restaient. Puis ils s'éparpillèrent dans la forêt, laissant derrière eux à jamais la Terre des Eléments...

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