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Terre des Éléments

Une chasse inoubliable


Salaha Luvia
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105 AC, Période Azura, 30

Auberge Sud de Melrath Zorac,

Assise en un coin de l'auberge, la jeune magicienne révisait ses notes. Voilà près d'un mois qu'elle se préparait pour une délicate mission. Il était question d'une chasse, certes, mais la cible n'était pas des moindres. Il s'agissait d'un dragon de la pire espèce, un Dragon Griffu puisqu'il faut citer son nom. Certes toutes les sous-espèces dragoniques étaient redoutables, tant par leurs capacités physiques que par leur savoir immémorial. Toutefois, les griffus étaient plus dangereux encore que leurs cousins volants. S'ils demeuraient cloués au sol, ils n'en étaient pas moins rapides. Leur souffle, plus que brûlant, s'avéraient bien souvent mortel. Leurs griffes aiguisées et leurs crocs acérés étaient autant d'armes dont il fallait se méfier. En fait, il n'existait guère dans le monde connu de prédateurs plus redoutables. Seul l'homme, peut-être, eut la prétention de se placer au-dessus. En tout cas, certains étaient assez fous pour se mesurer à ces êtres issus des Six Primaires.

Salaha était loin d'être versée dans l'art de la chasse, quelle qu'elle soit. Pourtant, elle s'y adonnait parfois, le plus souvent pour aider quelque être en difficulté. Là était bien le problème. Elle s'était engagée à terrasser la bête qui hantait les rêves d'un elfe sylvain. Pas n'importe quel elfe, bien entendu. Celui-là était sans doute le plus trouillard que la terre des Eléments eut jamais porté. A le voir, on aurait dit qu'il aurait fuit devant son ombre même. Aussi, l'Aqueuse avait-elle accepté sa requête sans demander de détails. Comme elle le regrettait maintenant ! Elle avait pu observer le dragon de longs jours durant, elle l'avait vu à l'œuvre. Elle sentait encore la chaleur qui émanait de son corps et l'odeur de souffre qui le suivait à chaque pas. Rien que d'y penser elle en avait la nausée. Mais elle ne pouvait reprendre la parole donnée. Il lui faudrait occire l'animal, d'une façon ou d'une autre.

- Bonjour.

Elle sursauta au son de cette voix familière.

- Je vous dérange peut-être ?

Elle se retourna pour tomber nez à nez avec un certain rôdeur. Il avait du accomplir quelque exploit récemment, car son ton était joyeux et la fierté se lisait encore sur son visage.

- Non, non, je relisais juste quelques notes.

Elle rassembla les parchemins diffus où se mêlaient récits et croquis. Dans sa maladresse, elle laissa tomber une feuille à terre. Sayanel, plus rapide, s'en saisit avant elle.

- Joli dessin. Il s'agit d'un dragon griffu, n'est-ce pas ?

- Oui, en effet. Je suppose que nul animal n'échappe à la connaissance d'un rôdeur.

- Disons qu'on ne peut oublier l'un de ses trophées.

Il lui rendit le parchemin alors qu'elle le regardait béate.

- Vous auriez donc occis l'une de ces bêtes ?

- C'est ce que je viens de dire. Pourquoi cette mine étonnée ? Ne m'en croyez-vous point capable ?

Voilà qu'il était fâché. Salaha maudit sa maladresse en s'empressant de rectifier.

- Pas du tout, pas du tout. C'est que... voyez-vous... je me prépare moi aussi pour une chasse au dragon. J'ai promis à un elfe de le débarrasser d'une de ces bêtes. Le souci, c'est que... et bien... j'ai un peu peur d'y aller seule, vous comprenez.

- Et bien, voilà votre problème résolu. Je vais vous accompagner et nous aurons bien vite terminé cette besogne. Allons, en route.

- Vous voulez dire, maintenant ?

Mais le rôdeur avait déjà gagné la porte de la taverne, pressé de montrer son habileté à la chasse.

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La magicienne rassembla ses affaires à la hâte, jetant ses précieux parchemins dans sa besace. Il serait toujours temps de les ranger plus tard, elle espérait juste qu'ils ne se froisseraient pas trop. Elle courut ensuite vers l'extérieur, lançant quelques pièces à l'aubergiste en signe d'au-revoir. Quand elle sortit, la rue était déserte. Elle put juste apercevoir une silhouette qui se faufilait sous les portes de la cité. Sans réfléchir, elle la suivit au pas de course. Alors qu'elle quittait Melrath Zorac, elle tomba sur Sayanel qui l'attendait à l'ombre des remparts.

- Je commençais à me demander si vous aviez changé d'avis, dit-il tout sourire alors qu'elle reprenait son souffle. Puisque vous semblez enfin prête, ne trainons pas plus. Le soleil est brûlant en cette période de l'année et je ne serai pas fâché de retrouver la fraicheur des bois.

Ils partirent donc en direction du Sud, avançant à vive allure dans la chaleur étouffante du désert. Il s'arrêtèrent à plusieurs reprises pour s'abreuver à l'ombre des palmiers. Heureusement, la forêt n'était guère loin, deux heures plus tard il gagnait enfin l'abri des grands feuillus d'Irliscia. A partir de là, le rôdeur prit la tête, pistant la trace de leur proie. Elle n'était certes pas difficile à repérer, mais la magicienne se garda bien de le faire remarquer. Il est toujours préférable de laisser faire le guide même quand il s'agit de trouver une montagne. Au milieu des bois, un large sentier avait été creusé par le passage d'un très grand animal. Les arbres gisaient renversés de part et d'autres, tantôt brisés, tantôt arrachés. L'herbe était aplatie par endroit, carbonisée à d'autres. Plus évident encore, le sol était jonché de larges empreintes de pattes griffues, espacées de façon régulière. Pour sûr, la bête était passée par là récemment.

- On dirait qu'il se dirige vers le nord, se risqua la magicienne, mais nous ne l'avons pas croisé. Peut-être a-t-il pris vers l'est.

- Hum, c'est possible. Toutefois, je gage qu'il repassera bientôt par là. Je connais les manières de ces animaux, fiez-vous à moi.

- Et bien, si vous le dîtes. Que suggérez-vous en ce cas ?

Le rôdeur s'accroupit dans l'herbe et posa sa main sur le sol.

- Oui, il ne tardera pas. D'une minute à l'autre, il sera là. Nous attaquerons ensemble, puis je le poursuivrai seul. Vous continuerez vers le sud-est pour le prendre à revers. Enfin aussi loin que ces maudits orcs vous permettront d'aller.

- En ce cas, je l'attendrai près des fortifications, la bête s'attarde souvent par là-bas. Comme il semblait étonné, elle ajouta : Vous n'êtes pas le seul à connaître ses habitudes. Si je ne l'ai jamais chassé, je n'ai pas manqué de l'observer.

Ils n'eurent guère le temps de poursuivre le débat. Le dragon apparut derrière la cime des arbres. Sans y être invité, il vint se mêler de la conversation ne manquant pas de réchauffer l'atmosphère. Comme les flammes les atteignaient, Sayanel s'écarta d'un bond agile et décocha sa première flèche. Elle vint ricocher sur le flanc de l'animal ne laissant qu'une vague égratignure sur l'armure d'écailles. Moins rapide et plus habituée au calme des bibliothèques qu'au chahut des champs de bataille, Salaha ne put s'esquiver. Fort heureusement, sa cape enchantée la protégea en partie du souffle brûlant. Si elle y perdit une bonne part du vêtement, elle garda la vie sauve.

Pendant qu'elle soignait ses plaies, le rôdeur volait déjà à la poursuite de leur proie.

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Relevant la tête, elle vit l'ombre rouge disparaitre derrière les géants feuillus, suivie de peu par une flèche bleue. Elle s'accorda quelques instants encore pour reprendre son souffle. Ce dragon était vraiment redoutable, qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête le jour où elle avait accepté cette mission ? Il était trop tard pour y penser, l'heure était à l'action.

- Au pied des murailles orc... et bien, allons-y !

Elle se dirigea vers le sud, passant à bonne distance de l'Hydre et son crachat empoisonné. Cette forêt rassemblait bien des dangers. Heureusement, la magicienne avait appris à s'en méfier. Elle bifurqua bientôt vers l'est, contournant le campement de la garde pour ne pas être retardée par une rencontre imprévue. Enfin, elle atteint le point où les bois rejoignent les dunes de sable. Là s'élevait l'imposant mur de défense bâti par les sbires de Rebom trois périodes plus tôt. Combien de fois y avait-elle cherché une faille sans succès ? Combien de jours passés à épier les mouvements ennemis ? Elle avait fini par se résigner, le camp Orc demeurait inaccessible.

Un bruit sourd la ramena à l'actuelle raison de sa présence en ce lieu. A quelques mètres de là, un arbre venait d'être abattu. Ses voisins tremblaient de toutes leurs feuilles sous la masse du corps qui se frayait un chemin parmi eux. Une odeur de souffre emplit bientôt l'air et une lueur rouge apparut à travers le bosquet. Il approchait, faisant trembler le sol à chacun de ses pas. Elle ne tarda pas à le voir, dépassant des derniers arbustes à l'orée des dunes. Sa mine était plus féroce que jamais. En son râle se mêlait colère et souffrance. Sur ses flancs s'écoulaient plusieurs filets de sang. Le rôdeur n'avait pas chômé. La bête était blessée, mais loin d'être vaincue.

- A nous deux maintenant !

Comme l'animal s'avançait, Salaha se saisit de son orbe. Prête à esquiver une éventuelle attaque, elle commença à psalmodier. Elle ne se laisserait pas prendre cette fois. Ce dragon de malheur allait connaître la puissance d'un souffle autre que le sien. Une lueur blanche émana bientôt de la magicienne, une aura protectrice l'entourait. Son adversaire n'était plus qu'à quelques pas maintenant. Elle changea alors de refrain, entonnant les vers d'un nouveau sortilège. Quand ils furent aussi proches qu'elle pouvait le supporter, elle laissa échapper sa blanche magie. Le souffle atteint sa cible en plein sur le museau, la poussant dans une folle crise d'éternuements. A chaque « Artchoum », la queue de la bête heurtait le sol en un grand fracas. Sous ces terribles chocs, la terre même fut prise de tremblements. L'aqueuse sentait le sol se dérobait sous ses pieds pour mieux y revenir une demi-seconde plus tard. Ne parvenant plus à garder son équilibre, elle finit par s'affaler dans les fourrés. En cette position de faiblesse, elle craint pour sa vie. Dans cette végétation, la moindre petite flamme suffirait à allumer un sinistre buché.

Pourtant rien ne vint. Sa crise passée, le dragon s'élança vers l'ouest à la poursuite d'un quelconque fantôme. Salaha ne se releva pas tout de suite, tétanisée par la sombre pensée qui planait encore en son esprit. Le silence s'était fait autour d'elle, pourtant, elle n'osait pas ouvrir les yeux, effrayée de ce qu'elle pourrait voir. Quand elle s'y risqua enfin, le visage du rôdeur lui apparut sous un ciel bleu azur.

- Vous avez une manière bien à vous de chasser le dragon. J'ignore si vos méthodes sont efficaces, mais je ne saurais trop vous conseiller de vous relever avant qu'il ne revienne.

Joignant le geste à la parole, il lui tendit une main secourable. Se laissant tirer, elle sortit enfin des fourrés. Une fois debout, elle ne manqua pas de secouer sa robe et ce qui restait de sa cape. Ne trouvant guère meilleure explication à la situation, elle finit par déclarer :

- J'ai trébuché sur une racine traitresse alors que je poursuivais la bête. Malheureusement elle m'a échappée. L'avez-vous vu passer ? îtes-vous sûre qu'elle va revenir ?

- Je l'ai à nouveau poursuivi le long du lac de l'Hydre, puis jusqu'au Roc du Nord. Ne vous voyant pas venir, je l'ai laissé poursuivre sa route. Il m'a semblé que vous auriez peut-être besoin d'aide. Il accompagna ses derniers mots d'un sourire narquois. îtes-vous sûre de vouloir poursuivre cette chasse ?

- Vous n'avez pas répondu à ma deuxième question.

- Il ne doit plus être bien loin, il emprunte souvent le même chemin. Ses blessures l'ont rendu féroce, il luttera maintenant avec plus d'ardeur que jamais. Aussi, je me dois de vous reposer la question, êtes-vous sûre de vouloir poursuivre ?

- Je n'ai qu'une parole, et je m'y tiendrai !

Une lueur farouche éclaira alors le regard de la magicienne. Elle n'allait se laisser ridiculiser par un animal, si grand et vieux soit-il. Elle n'était pas du genre à abandonner à la première difficulté. Il était temps de leur montrer de quoi elle était capable. Sa volonté renouvelée, elle se dirigea vers la forêt et le sentier creusé par le dragon.

- Il est arrivé par là. Si comme vous le suggérez il suit un parcourt bien défini, il y repassera surement.

- Alors avançons-nous un peu. Plus tôt nous le croiserons, plus vite nous en finirons.

Le rôdeur doubla la magicienne, puis s'élança à travers la masse des arbres. Elle le suivit sans hésiter. Ils n'espéraient guère faire plus de quelques mètres dans cette direction. Surement les murailles orcs les arrêteraient avant qu'ils ne trouvent le dragon. Ils étaient loin d'imaginer que leur route les conduirait bien au-delà.

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Ils avancèrent vers l'est s'enfonçant peu à peu dans les bois. Les arbres changèrent bientôt, les chênes vinrent remplacer les palmiers. La forêt se fit plus sombre comme ils passaient sous les géants feuillus. Puis une lueur apparut devant eux, filtrant à travers les hautes branches. La végétation se fit de moins en moins dense pour disparaître derrière eux. Enfin, ils se trouvèrent à nouveau sur le sable.

- Avons-nous fait demi-tour sans nous en apercevoir ? Il me semblait pourtant que nous avancions vers l'est. La forêt aurait-elle pu nous tromper à ce point ?

- Je ne pense pas. Regardez !

Sur ces mots, le rôdeur pointa son doigt vers l'ouest. Sur l'horizon se dessinaient clairement les hautes murailles des Orcs.

- Nous sommes passés de l'autre côté.

- Mais, c'est impossible, argua la magicienne. J'ai longé ces murs à bien des reprises, fouillant les bois, creusant le sable. J'ai même tenté de les contourner à la nage. S'il y avait eu la moindre brèche, je l'aurais trouvée !

- Il faut croire que les temps changent. Quelle qu'en soit la raison, nous nous trouvons à l'intérieur du camp ennemi. Reste à savoir ce que nous allons faire maintenant.

- J'imagine que nous pourrions en profiter...

Raaarrhh

Ils se retournèrent d'un bond. Devant eux se tenait un dragon furieux qui ne semblait plus avoir envie de passer son chemin. Sayanel réagit le premier, bandant rapidement son arc. Il put décocher deux flèches avant que la bête ne soit sur eux. Salaha mit plus de temps à se saisir de son orbe. Son souffle de magie blanche ne toucha l'animal qu'une seule et unique fois avant qu'il ne crache son feu. Toutefois, ce coup suffit à le désorienter, et les flammes manquèrent leur cible. Profitant de leur avantage, les deux chasseurs attaquèrent sans relâche, vidant carquois et réserve de mana. Le reptile ne reprit ses esprits qu'à l'aube de sa mort. Conscient de sa situation, il tenta la fuite en désespoir de cause. La magicienne hésita un instant.

- C'est à vous qu'il revient de l'achever, ne le laissez pas filer ! Lui cria le rôdeur.

Elle s'élança alors après le dragon, bien décidée à en finir. Elle le suivit sur plusieurs mètres, profitant du passage qu'il ouvrait dans les bois. Tout en courant, elle psalmodiait à un rythme effréné. Elle frappa l'animal une première fois. Il chancela mais ne s'arrêta pas pour autant. Elle puisa alors dans ses dernières ressources pour attaquer à nouveau. Ce coup fut le bon. Comme le souffle atteignait sa cible, elle s'effondra en un dernier râle. Là, au creux de la forêt d'Irliscia, le Dragon Griffu fut vaincu. La magicienne soupira en se laissant tomber sur le sol. Elle était épuisée mais elle avait réussi. Plus encore, ils avaient découvert un passage vers le campement des orcs. Ils allaient enfin pouvoir affronter le fléau qui menaçait leur terre d'accueil. Peut-être en apprendraient-ils plus sur les sombres plans de Rebom...

- Et bien, si vous n'en avez pas l'apparence, vous pouvez faire une chasseresse redoutable. Rejoignant Salaha, le rôdeur lui tendit une gourde. Buvez donc, cela vous remettra sur pieds.

Elle s'exécuta sans rechigner, avalant quelques gorgées. Le liquide glissa dans sa gorge en une chaleur agréable. Elle sentit ses forces lui revenir rapidement. Plus encore, le breuvage sembla lui réchauffer le cœur, lui donnant une énergie renouvelée.

- Hum, c'est efficace ! Mais qu'est-ce donc ?

- Un élixir elfique. Il ajouta d'un air grave : je crois que ce peuple aurait beaucoup à nous enseigner.

- Soyons déjà heureux d'avoir obtenu le droit de circuler en leur forêt. Elle lui rendit la gourde. Merci, vous aviez raison cela m'a fait du bien. Elle se releva enfin. Et merci pour le dragon aussi.

- Disons que nous sommes quittes. C'est en partie grâce à vous que j'ai pu résoudre l'énigme d'une certaine stèle. En outre, cette chasse n'aura pas été vaine non plus. Nous voilà à l'intérieur du camp ennemi, une belle récompense.

- Oui, je crois que nous formons une bonne équipe. Et bien, allons voir à quoi ressemble cet affreux campement.

Ils sortirent à nouveau des bois pour explorer les terres du sud-est.

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La zone parut d'abord parfaitement silencieuse, en ce début de soirée. Puis, un bruit lointain leur parvint de l'ouest. Alors qu'ils avançaient vers le sud, longeant la muraille à quelques vingt mètres de distance, le son sembla se rapprocher. Ils s'arrêtèrent un instant pour écouter. Le murmure se faisait de plus en plus clair, prenant la forme d'aboiements graves et rauques. Une meute de chiens venait dans leur direction. Il s'agissait de ces chiens sauvages dressés par les Orcs. Haut de taille, le museau pointu et la mâchoire puissante, ils arboraient un pelage noir et fauve. Ils accouraient vers les deux humains, l'air menaçant. Comme ils approchaient, leurs aboiements muèrent en un grognement féroce. Nul doute ne planait sur leurs intentions, en gardiens des lieux ils s'apprêtaient à chasser les intrus.

Les deux Aqueux n'attendirent pas que l'ennemi soit sur eux. La distance était leur plus grand allié, ils en profitèrent tant qu'ils purent. Avant que les chiens n'arrivent à portée de crocs, la meute était diminuée de moitié. Il ne restait que trois animaux debout. Aussi le combat fut-il rapide et sans appel. Les trois molosses rejoignirent bientôt leurs confrères en un bain sanglant. Mais déjà se profilait sur l'horizon deux silhouettes de gardes orcs. Les maîtres avaient suivi leurs bêtes. Bientôt l'alarme serait donnée.

- Il vaut mieux ne pas trainer dans les parages. Mais si nous retournons vers le nord, ils trouveront la brèche et la fermeront. Mieux vaut continuer vers l'est pour détourner leur attention.

- Vous proposez de nous enfoncer dans le camp des ennemis pour leur échapper ? îtes-vous devenu fou ?

- Ils ne nous chercheront pas par là. Dépêchons-nous !

Sur quoi il s'élança vers l'est, suivi de peu par la magicienne. Si elle n'appréciait guère le plan du rôdeur, elle redoutait plus encore de se retrouver seule en ce lieu dangereux. En pareils moments se séparer était toujours la pire des solutions. En cas de confrontation, ils s'en sortiraient toujours mieux à deux. Ils coururent ainsi à travers les dunes désertes sur plusieurs dizaines de pas. Enfin, ils aperçurent les tentes des orcs, dressées comme des champignons au milieu de la plaine. Du camp s'élevait un brouhaha incessant, les cris se mêlant aux petits bruits des occupations quotidiennes. S'ils poursuivaient en cette direction, ils tomberaient sûrement sur le gros de l'armée orc, occupé à ripailler autour d'un feu de camp. Il leur fallait bifurquer vers le nord ou le sud, ou bien trouver un lieu où se camoufler afin d'échapper aux lames de leurs poursuivants.

D'un accord tacite, ils optèrent pour le sud, et la côte. Fidèles de Posicillon, ils espéraient trouver refuge en son domaine. Malheureusement, ils furent bientôt confrontés à un nouveau problème. Les orcs avaient aussi dressé deux imposantes murailles sur la plage. Redoutaient-ils un assaut par la mer ? Qui donc aurait pu les surprendre par là ? Ces questions auraient pu jaillir dans l'esprit des deux Aqueux si la situation n'avait été si précaire. Les remparts ne semblant pas gardés, ils poursuivirent jusqu'à leur pied pour se dissimuler dans leur ombre. Là ils s'arrêtèrent un instant pour reprendre leur souffle. Ils n'entendaient plus le moindre signe de leurs poursuivants. Peut-être s'étaient-ils perdus sur une autre piste. Toutefois, ils ne pouvaient plus retourner vers le passage au nord-ouest maintenant. Même si la faille n'avait été découverte, le campement leur en barrait l'accès. Ils devaient trouver une autre sortie, en espérant qu'il en existe une.

- Vous et vos idées ! Nous voilà piégés, faits comme des rats !

- Nul ne vous obligeait à me suivre. Allons donc, ce n'est guère en rouspétant que vous arrangerez les choses. Aidez-moi plutôt à trouver un autre chemin.

Seul l'est leur offrait une route à peu près sûre, en apparence du moins. Ils ignoraient où cela les conduirait, mais ils n'avaient guère de meilleur choix. Aussi longèrent-ils les remparts dans cette direction. Le mur devint bientôt falaise se fondant dans le relief naturel. La roche calcaire s'élevait en une paroi friable sur près de dix mètres de haut. Outre le manque de prises, la roche semblait s'effriter au simple contact. Elle n'aurait pas résisté au poids d'un homme, fut-il petit. L'escalade eut été mortel pour quiconque si serait risqué. Le rôdeur eut tôt fait de tirer ces conclusions. Aussi poursuivirent-ils leur chemin vers l'est, longeant maintenant l'à-pic rocheux. Ils parcoururent encore plusieurs dizaine de mètres dans cette direction sans mauvaise rencontre. Enfin, la falaise pris fin, aussi soudainement qu'elle était apparue. Ils s'arrêtèrent dans son ombre pour observer les alentours.

Ils semblaient se trouver à une sorte de carrefour. Au nord se trouvaient des barricades orcs, des piques en bois plantés à même le sol pour repousser d'éventuels assaillants. A l'est s'étendait la mer, sur laquelle reposait un solide ponton. Là était amarré un galion. Ils avaient sans doute atteint le premier point de débarquement des orcs. Le quai semblait désert, mais une sombre silhouette se tenait sur le navire. Le genre de silhouettes qu'on préfère regarder de loin. Vers le sud, enfin, il y avait un étroit passage entre la mer et la roche.

- Qu'en dites-vous ? Nous pourrions aller visiter ce beau navire.

- Cela ne me dit rien pour être honnête. Il se fait tard, et les orcs voient sans doute mieux que nous dans le noir. Je préférerais être loin d'ici quand la nuit tombera. Par ailleurs, il est plutôt sinistre, ce bateau.

- Rho, voilà que le courage vous fait défaut. Enfin, vous n'avez pas tout à fait tort, les orcs sont nyctalopes, nous non. Et bien, il nous reste deux options : nord ou sud ? Je vous laisse le choix, ainsi vous ne pourrez pas me reprocher notre destination.

- Au point où nous en sommes, c'est facile de vous débiner. Allons au sud, au pis nous prendrons un bain salé.

Une fois n'est pas coutume, le rôdeur s'en remit au choix de la magicienne. Ils s'avancèrent sous l'ombre grandissante de la falaise, puis se faufilèrent par l'étroit passage. Ils gagnèrent ainsi l'autre côté de l'à-pic rocheux. La plage s'étendait sur une dizaine de mètres jusqu'à la mer du sud. Là, sur le sable humide se dressait une tente orc bien plus grande que celles qu'ils avaient vu jusque là. A son sommet étaient accrochés nombreux ossements humains. Un seul coup d'œil suffisait pour comprendre qu'il s'agissait là de la tente de commandement. Elle était d'ailleurs entourée par cinq capitaines orcs lanciers, en grande discussion.

- Effectivement, quand vous choisissez la route, on s'en sort tout de suite mieux.

- Hum... oui...

- Ils ne semblent pas nous avoir repérés. Faufilons-nous vers la mer, et goûtons ce bain que vous m'avez promis.

Si tôt dit, si tôt fait. Dans la nuit naissante, ils gagnèrent le bord de mer où ils s'enfoncèrent dans l'eau jusqu'au cou. Ils contournèrent ainsi le camp, marchant autant qu'ils nageaient. Les cris des orcs couvraient parfaitement le bruit de leur déplacement. Ils arrivèrent à l'opposé du camp sans le moindre souci. De là ils purent à nouveau longer l'à-pic rocheux puis le second rempart et sortir enfin du territoire ennemi. Ils ne croisèrent pas d'autres difficultés et vingt-deux heures sonnaient tout juste quand ils rentrèrent à l'auberge du port après cette folle aventure.

Ainsi Sayanel et Salaha découvrirent-ils par mégarde les brèches ouvertes par les Elfes dans la muraille de l'Ennemi lors d'une chasse mouvementée au Dragon Griffu.

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